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  • : Azeffoun, cette petite ville littorale de kabylie, connue pour la beauté de ses paysages et la sympathie de ses habitants, Azeffoun est aussi connue à travers ses enfant artistes et écrivains qui on beaucoup donner à la culture algériènne.
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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 14:12

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 16:06

 

LE FILM MONSIEUR LAZHAR SÉLECTIONNÉ AUX OSCARS

mr lazhar

Mais ce n'est pas acquis, le film a un adversaire de taille: le drame de l'Iranien Asghar Farhadi.

Alors qu'on attendait le film produit par Rachid Bouchareb Omar m'a tuer entrer dans la short-list des Oscars 2012, c'est finalement le film Monsieur Lazhar du Canadien Philippe Falardeau, dans le lequel Mohamed Fellag interprète son plus important rôle au cinéma, qui concourt pour le Prix du meilleur film étranger, sous la bannière canadienne.

C'est à Paris que Mohamed Saïd Fellag humoriste, acteur d'une quinzaine de films et écrivain algérien, au discours politique très populaire dans la communauté maghrébine, a été approché par le jeune réalisateur québécois pour jouer le rôle principal. «C'est une mégastar, dit-il, mais inconnu au Québec. Pendant le tournage, les chauffeurs de taxi montréalais d'origine maghrébine s'arrêtaient pour l'inviter à prendre le thé chez eux.».
La nouvelle de la nomination du film Monsieur Lazhar, qui met au sommet de la gloire Fellag, sonne comme une reconnaissance de son talent par le cinéma mondial. Depuis son exil parisien entamé dans les années 90, Fellag n'a cessé de multiplier les prestations et les apparitions. Du Gone du Chaâba de Christophe Ruggia en 1998, à Inch'Allah dimanche de Yamina Benguigui en 2001 en passant par Michou d'Auber, de Thomas Gilou en 2006, L'Ennemi intime, de Florent Emilio Siri en 2007, Les Barons, de Nabil Ben Yadir en 2009, Il reste du jambon? d'Anne De Petrini et Dernier étage, gauche gauche, d'Angelo Cianci en 2010. En 2012, il fera même une voix dans le film d'animation Zarafa de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie. La nomination de son film aux Oscars est en grande partie pour sa prestation époustouflante. Il y joue le rôle de Bashir Lazhar un immigré algérien, qui venait de débarquer à Montréal et qui se présente dans une école primaire pour remplacer une enseignante qui venait de se suicider. Mais cette situation cache un autre drame celui de sa femme qui était écrivaine, morte dans un incendie criminel avec sa fille et son fils. Cette dure épreuve va le pousser à surmonter sa nouvelle mission et ouvre son coeur aux élèves attachants, malgré le fossé culturel qui apparait dès la première leçon. Alors que la classe est en train de panser ses plaies, personne à l'école n'est au courant du passé douloureux de Bashir qui peut être expulsé du pays à tout moment vu son statut de réfugié.
En réalité, Philippe Falardeau a adapté une pièce d'Évelyne de la Chenelière qui est une histoire réelle, celle de Bachir Lazhar. Dans ce film on découvrira à travers Fellag, les sentiments souvent cachés de milliers d'intellectuels, de chercheurs, de diplômés algériens qui ont fui le terrorisme dans les années 1990, pour émigrer au Canada, dans l'espoir de trouver une vie meilleure au pays de l'Erable. Fellag avait cette phrase émouvante dans le film: «Rien n'est jamais vraiment normal en Algérie.». 
C'est en plein Festival de Sundance que Falardeau a appris la nouvelle de sa sélection, en compagnie des producteurs Luc Déry et Kim McCraw. Falardeau croit que le succès de Monsieur Lazhar, s'explique par la «charge émotive» apportée par les enfants et le «jeu subtil» du personnage-titre joué par Mohamed Fellag. La presse spécialisée hollywoodienne (Variety, The Hollywood Reporter) a également agi comme une importante caisse de résonnance en y consacrant plusieurs articles.
Après Incendies de Denis Villeneuve, il s'agit de la seconde année consécutive où le Canada voit son représentant retenu parmi les cinq finalistes. Mais ce n'est pas acquis, le film a un adversaire de taille: le drame de l'Iranien Asghar Farhadi, Une séparation, lauréat du Golden Globe du meilleur film étranger et de l'Ours d'or au Festival de Berlin. Mais pour Fellag, la consécration est déjà là, c'est d'être aux côtés des géants de Hollywood et d'être sous les feux de la rampe pour la première fois en dehors des frontières de l'Hexagone.

Source : Adel MEHDI / L'expression

Bande d'Annonce du Film

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 22:35
«LE 3E MILLÉNAIRE» REND HOMMAGE À MOHAMED HILMI AU TNA
Un artiste au riche parcours


«Cet hommage que l’on me rend aujourd’hui fera partie de mes meilleurs souvenirs», a affirmé Mohamed Hilmi, tout ému.


Le Théâtre national Mahieddine Bachtarzi, a réuni toute la famille artistique durant la cérémonie organisée par l’association culturelle et artistique Le 3e Millénaire en l’honneur de l’artiste Mohamed Hilmi. Tous les grands noms, ou presque, du théâtre, du cinéma et du petit écran algérien, les anciens et les nouveaux, ceux qui ont contribué ou suivi les plus beaux rôles qu’il a interprétés et la réussite de sa carrière artistique à envier, n’ont pas manqué ce rendez-vous. Même avec sa capacité d’accueil, la grande salle du théâtre a eu du mal à contenir tous les invités. Ainsi, la famille artistique, les proches et les anonymes sont venus en nombre pour se remémorer le temps d’une des dernières soirées de mois Ramadhan, la vie et l’oeuvre de ce grand artiste qui a tant donné à la culture algérienne, en général, et kabyle, en particulier. «A travers cette humble cérémonie, nous avons voulu rendre hommage à notre ami Mohamed Hilmi, un grand homme de l’art qui a servi la culture pendant plus de soixante ans», a indiqué le comédien Djamel Bounab, président de l’association Le 3e Millénaire, mettant en exergue le riche parcours et le talent exceptionnel d’un artiste pluridisciplinaire.
Toute l’assistance était impatiente de voir apparaître l’invité d’honneur. Les organisateurs lui ont réservé des égards dignes d’une star d’outre-mer puisqu’une limousine, l’a déposé à l’entrée du TNA. Marchant sur un tapis rouge, un accueil des plus chaleureux lui fut réservé par de nombreuses figures artistiques. Après un interminable discours de bienvenue et d’hommage, à la fois, Mohamed Hilmi, qui a reçu, lors de cette cérémonie un trophée, s’est dit être «à la fois très touché et très ému par ce geste de reconnaissance». «Cet hommage que l’on me rend aujourd’hui fera partie de mes meilleurs souvenirs», a ajouté l’homme de l’art et écrivain dont les débuts artistiques remontent à l’année 1948. «Mohamed Hilmi est un artiste complet, c’est un comédien, un musicien, un chanteur, un réalisateur, un écrivain et un humoriste», a affirmé le comédien Djamel Bounab. Pour sa part, Abdelhamid Rabia, a mis en relief les valeurs de Hilmi, «un homme plein de qualités, de grand talent et possédant d’immenses aptitudes artistiques».
«Mohamed Hilmi, qui était mon professeur, m’a beaucoup aidé dans mes débuts artistiques. Il est humain, généreux et altruiste. C’est un grand homme et une école», a souligné, de son côté, la comédienne Farida Krim. Mohamed Hilmi, de son vrai nom Brahimi Mohamed Ameziane est né en 1931 à Azzefoun, à 17 ans, il pénètre le monde artistique en intégrant la troupe de l’Opéra d’Alger dirigée par Mahieddine Bachtarzi.
Plus tard, Mohamed Hilmi rejoindra la Radio nationale aux côtés de Réda Falaki. Le parcours de cet Algérien est hors du commun. Compositeur mais aussi réalisateur, il a à son actif plus de 800 pièces radiophoniques en kabyle et en arabe dont de nombreuses adaptations de Molière, Shakespeare, Dumas...de quatre opérettes, 30 moyens et courts métrages, une dizaine de comédies musicales. De même, il est l’auteur de 10 longs métrages.
En coauteur, Mohamed Hilmi a réalisé six courts métrages et cinq longs métrages, dont un film cinématographique El Ouelf Saïb. Mohamed Hilmi est, en outre le créateur avec Ali Abdoune, Rouiched et Cheikh Nourreddine d’une célèbre émission radiophonique à la Chaîne II.
La diversité qui compose la carrière de cet illustre artiste ne s’est pas arrêtée puisqu’il a également signé plus de 70 chansons, dont une trentaine humoristiques enregistrées pour la radio et sur disques 45 tours. Actuellement, il est en cours de finalisation d’une oeuvre théâtrale sur l’histoire du théâtre en Algérie.
La cérémonie a été suivie d’un concert animé par les artistes Drifa, Latifa Benakouche, Nacer Eddine Blidi et Mohamed Lamari qui a, à cette occasion, interprété quelques uns de ses succès dont Ah Ya qalbi, Rana hna et Mon Algérie, un hymne à la beauté du pays. Pourvu que ça dure!

Source : Idir AMMOUR/ L'expression

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 20:13
A la mémoire de l'écrivain, poète et jounaliste Tahar Djaout

 par Yacine SEDDIK

Les journalistes algériens se souviennent aujourd'hui que l'un des leurs a été assassiné par les obscurantistes pour son engagement. Sa mort lui a ouvert grandes les portes de la légende. L'attentat a eu lieu le 26 mai 1993 et la mort l'a emporté 8 jours après, soit le 2 juin 1993.

 

Au moment où l'Algérie subit les affres d'un terrorisme aveugle, accentué par son isolement sur la scène internationale, des hommes et des femmes ont mobilisé toutes leurs énergies physiques et intellectuelles pour défendre une nation menacée par une secte qui ne savait déjà quel projet prôner. Dans leur zèle, les terroristes ciblaient tous ceux qui ne partageaient pas l'idée de l'instauration d'une nation au sein de laquelle ne se reconnaissent que les barbus bannissant toute forme de modernité et de démocratie en visant une cauchmardisation sans limite de la religion. Ainsi, intellectuels, écrivains, journalistes ont payé chèrement la folie de ces criminels assoiffés du sang de ceux qui réclamaient avec acharnement des idéaux démocratiques et républicains. Dans ce climat, il était question de choisir entre verbe qui tracera le chemin du trépas et le silence qui emmerde la vie à bien de conscience. Tahar Djaout a choisi le camp de la famille qui avance en usant d'un verbe pas forcément acerbe mais dans la plupart des cas tranchants. Il fait partie de l'élite qui a défendu au prix de leur vie une république démocratique où s'entrechoquent toutes les idées progressistes loin de toute idéologie fanatique. Poète, écrivain et journaliste, Djaout s'est investi au service d'une Algérie prospère.

 

Une production prolifique

 

La vie de Tahar Djaout était une succession d'évènements. Né quelques mois avant le déclenchement de la guerre de libération nationale du 1er novembre, soit le 11 janvier 1954 à Oulkhou près d'Azeffoun en Kabylie, Tahar Djaout était comme destiné pour accomplir une vie riche en production littéraire et intellectuelle. Il a pu n'être que mathématicien du fait qu'il était licencié en mathématiques de l'université d'Alger (1974). Mais son destin en a voulu autrement. Tahar ne s'en contentait guère et obtint un DEA en sciences de l'information et de la communication de l'université de Paris II. En 1970 déjà, à l'âge de 16 ans, avant même d'achever ses études secondaires, sa nouvelle "les insoumis" reçoit une mention au concours littéraire "zone des tempêtes". Tahar Djaout écrit ses premières critiques pour le quotidien gouvernemental El Moudjahid, collabore régulièrement en 1976 et 1977 au supplément El Moudjahid culturel puis, quand il était libéré en 1979 de ses obligations militaires, reprend ses chroniques dans El Moudjahid. De 1980 à 1984, il était responsable de la rubrique culturelle de l'hebdomadaire Algérie Actualité où il publie de nombreux articles sur les peintres, les sculpteurs et sur les écrivains algériens de langues françaises.

Les évènements nationaux et internationaux des années qui ont suivi 1985 n'ont pas laissé l'auteur des vigiles indifférent. Au contraire, ces évènements l'ont amené à s'investir dans les chroniques politiques. Après l'ouverture démocratique de 1989, Tahar quitte Algérie Actualité en 1992 pour fonder avec Arezki Metref et Abdelkrim Djaâd, son propre hebdomadaire Ruptures. Le premier numéro paraît le 16 janvier 1993. La période noire qu'a connue l'Algérie depuis le début de 1991 était vécue telle une malédiction par l'élite qui enregistre chaque jour un surplus de victime dans ses rangs. Tahar semble déjà en connaître un bout. Il faisait sienne la citation selon laquelle "vous pouvez échapper à la critique en ne disant rien, en ne faisant rien et en n'étant rien". La critique dans ce contexte, ce sont les balles assassines des faucheurs de volontés acquises pour la prospérité de la nation. Le père de Kenza l'a bien assumée cette critique. "Le silence c'est la mort, si tu parles, tu meurs, si tu te tais, tu meurs.. Alors, parles et meurs". Tahar, lui, a parlé tout haut. "De ma bouche, grotte obscure. Depuis longtemps sans vie. Coulera la parole porteuse de l'espoir", disait-il  dans l'un de ses poèmes. Le 26 mai 1993 à Baïnem, dans la banlieue ouest d'Alger, des obscurantistes lui ont fauché la vie à l'âge de 39 ans. L'auteur de l'exproprié a reçu deux balles dans la tête et après un coma de six jours, il a rendu l'âme le 2 juin et a ouvert ainsi la longue liste de journalistes, écrivains et intellectuels liquidés par la barbarie terroriste. Tahar est enterré dans son village natal "Oulkhou".

 

Une mort mystérieuse

 

L'assassinat de Tahar Djaout demeure à ce jour un mystère.. Au lendemain de son enterrement, un "comité vérité Tahar Djaout" pour revendiquer la vérité sur son assassinat, est né. Le 8 juin, le Professeur Boussebsi, membre du comité, était assassiné de plusieurs coups de couteau. A leurs tours, les membres du comité font l'objet de toutes les intimidations et les menaces. Rachid Mimouni  poussé à l'exil alors que Omar Belhouchet échappe à un attentat. Ultime cavalcade, Saïd Mekbel, coordinateur du comité, était abattu en plein jour dans un restaurant à Alger. Terminons avec cet hommage au chanteur de l'amazighité Matoub Lounes qu'il a rendu à toutes les victimes des "égarés".

"Même si la dépouille s'étiole, l'idée ne meurt pas, même s'ils ont fauché tant d'étoiles, le ciel n'en sera jamais dépouillé".

Yacine SEDDIK
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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 15:56
Chercheur de lumière et messager d’avenir

En la personne de Djaout, qui a succombé le 2 juin 1993 à l’attentat qui l’a ciblé à Baïnem le 26 mai, c’est une partie de l’Algérie démocrate et éclairée qui était ciblée. La même Algérie démocratique et sociale qui s’apprêtait à prendre son destin en main après sept années d’une guerre cruelle était visée par l’assassinat le 15 mars 1962 de Mouloud Feraoun. Trente et un ans après, même si les auteurs ont changé, l’entreprise macabre qui consiste à éliminer les porteurs de lumière est restée la même.

Par Amar Naït Messaoud

Je revois encore Tahar Djaout assis entre Ben Mohamed et Mouloud Mammeri dans une conférence sur Si Muh U M’hand le 25 décembre 1988 organisée dans la salle de cinéma de Aïn El Hammam (ex-Michelet). Djaout ne pouvant se départir de son réflexe de matheux dénicha une petite ‘’anomalie’’ dans la date présumée de la naissance du plus grande poète kabyle. Mais, timide et réservé qu’il était- malgré le bon sourire qu’il arbora-, il chuchota discrètement cette observation à l’oreille gauche de Ben Mohamed. C’est ce dernier qui formula publiquement l’interrogation de Djaout. Mammeri répondra en relativisant la connaissance que nous avons de la date exacte de la naissance de Si Muhand.

Le combat de l’écrivain et journaliste Tahar Djaout était celui dans lequel se reconnaissaient tous les militants des libertés démocratiques, des droits de l’homme, du progrès et de la science. Et c’étaient ces idéaux et ces choix justement qui étaient combattus par le feu et le sabre par une secte d’illuminés, un monstre sorti du ventre d’une république rentière nourrie par l’idéologie arabo-islamiste, version algérienne du jdanovisme.

Avant qu’ils fussent des cibles privilégiées des islamistes, les esprits et les plumes de la trempe de Tahar Djaout étaient soit marginalisés, soit désignés déjà à la vindicte publique par les tenants de la pensée unique. Et c’est presque ‘’naturellement’’ que la secte des mutants acheva la besogne par le passage à l’acte.

Des noms prestigieux de la culture, des arts et de la science étaient éliminés presque chaque semaine en ces journées noires des années 1993- 94- 95. Boucebsi, quelques jours après Djaout, Belkhenchir, Liabès, Chergou, Boukhobza, Smaïl Yefsah, Mokbel, et la liste est malheureusement trop longue. Au moment où des têtes tombaient presque quotidiennement, un journal de l’époque que l’on ne peut accuser de cynisme titrait en grande manchette en plein milieu de la vague assassine : ‘’à qui le tour ?’’.

Chaque semaine, un nom nouveau s’ajoutait au martyrologe. A tous, il est reproché la libre pensée, la franchise, l’honnêteté et l’engagement dans la société. Fallait-il se taire ou continuer à parler, à écrire et à se battre pour faire valoir la raison, l’intelligence et la vie ? Djaout n’y va pas par quatre chemins pour nous appeler à mourir dans la dignité : "Si tu parles, tu meurs ; si tu te tais, tu meurs. Alors, parle et meurs !". Cette citation deviendra une devise que même les taggueurs de Kabylie reproduiront sur les murs lors des journées sanglantes de la révolte citoyenne en 2001. Elle rappelle la strophe d’Aït Menguellet par laquelle il clôt la chanson ‘’Aâttar’’ composée sous le règne de la dictature de la fin des années 1970 :



La parole, personne ne peut la tuer

Mais, l’homme est bien mortel

Quand la parole vient à exploser

La génération qui la cherche la trouvera

Mieux vaut sans doute parler

Dis-le [mot] avant qu’il ne soit trop tard.



La parole ne peut être qu’engagée



C’est que, en Kabylie et pour les artistes, hommes de lettres et autres esprits happés par les muses, il ne peut y avoir de parole qu’engagée. Les épreuves que la vie rude des montagnes et le régime tyrannique des princes ont fait subir aux habitants de la Kabylie ne pouvaient pas accoucher d’une terne prose ou d’un creux discours. C’est l’âme d’un peuple entier qui s’exprime et qui hèle les grands airs.

En fondant six mois auparavant l’hebdomadaire Ruptures avec d’autres amis (Arezki Metref, Abdelkrim Djaâd), Djaout avait clairement désigné et assumé son camp, celui de la démocratie, de la République et de la modernité. Quant au choix lui-même, il procède d’un parcours naturel d’un poète et romancier talentueux doublé d’un journaliste compétent. Pour lui, le choix de la liberté et de l’expression sans tutelle commence avec Le Solstice barbelé (1975) et se poursuit jusqu’à Le Dernier été de la raison qu’il avait laissé en manuscrit avant sa disparition prématurée.

Au lendemain de la mort de Djaout, un autre écrivain, Rachid Mimouni, qui mourra quelques années plus tard dans son exil de Tanger, écrira, avec la rage au cœur, dans le journal Le Monde du 13 juin 1993 : "Tuez-les tous et qu’Allah n’en reconnaisse aucun ! Telle semble être la devise des intégristes algériens. L’écrivain Tahar Djaout, âgé de trente-neuf ans, vient d’être victime de cette furie meurtrière. Pourquoi s’est-on attaqué à lui ? Il s’est toujours tenu à l’écart du champ politique et n’a jamais occupé un poste dans l’appareil de l’État (…) Les intellectuels constituent désormais leur cible privilégiée. Ils sont d’autant plus faciles à atteindre qu’ils habitent dans des quartiers populaires, fiefs intégristes, et ne bénéficient d’aucune protection. Ils ne savent plus pourquoi ils vont mourir. Les Intégristes leur promettent une balle dans la tête, et le chef du gouvernement les traite de ‘’laïco-assimilationnistes’’, ce qui est une forme d’incitation au meurtre".

Comme beaucoup d’artistes de renom, Djaout est issu de la Kabylie maritime. Il est né le 11 janvier 1954 à Oulkhou, dans la commune d’Aït Chafaâ. A quelques kilomètres de la mer, Oulkhou est entouré d’un chapelet d’autres bourgades aussi pittoresques les unes que les autres. Aït Ali Oulmahdi, Ighil Mahmed, Ichelatène et les célèbres Igoujdal qui sortirent de l’anonymat en 1994 en organisant, les premiers, la résistance contre les hordes terroristes à l’échelle du village. Le principe finira par faire tache d’huile un peu partout dans les villages de crête ou des vallons.

Djaout est parti en pleine maturité, au moment où il pouvait donner plus et explorer d’autres voies de création. Il était parti aussi au début d’une libéralisation politique débridée qui a coltiné dans son sillage la force létale qui allait tuer dans l’œuf la fameuse ouverture démocratique, les hommes de valeur à l’image de Djaout et les espoirs fous de millions de citoyens. Ahmed Radja, ingénieur agronome et poète à ses heures, originaire de Maâtka, écrivait à propos de Djaout dans son recueil intitulé Le poids des jours (2003) :



‘’Sil n’a pas survécu à ces balles assassines,

il aura en revanche dénudé l’hérésie.

Il aura mis le doigt sur le mal qui nous mine

Qui fait que l’ignorance assassine le génie’’.



"La patrie n’est pas de l’ordre de l’espace mais du temps. Pour moi, la patrie de l’homme est un peu son enfance", disait Djaout. "La lecture de ‘’L’Appel de la forêt’’ de Jacques London m’a donné, à l’âge de douze ans, l’envie de créer des êtres, des situations. Je voulais moi aussi ouvrir des portes sur l’aventure, à la fois pour moi-même et pour les autres. Je voulais être un créateur de l’imaginaire, un libérateur de l’imagination. Plus tard est venu le désir de faire passer à travers l’écriture, des idées, des soifs, des revendications diverses", ajoute-t-il dans un entretien à El Watan publié quelques mois après sa mort.

À propos de ses rapports avec la nature, Tahar Djaout dira : "J’aime effectivement beaucoup la nature, dans une sorte de panthéisme que certains trouvent très lyrique. Elle est omniprésente dans ce que j’écris, à travers ses planètes, ses oiseaux, ses insectes, tous ces éléments qui lui prêtent leurs chants, leurs mouvements, leurs amours, leurs couleurs. C’est peut-être chez moi la recherche d’un âge du monde qui pourrait coïncider avec l’enfance" (El Watan, 23 novembre 1993).


Passion et de conviction


Ayant fait ses études à Alger, Tahar Djaout est resté profondément imprégné du massif de Tigrine et des eaux cristallines de Sidi Khelifa. Ne s’étant pas contenté de sa licence en mathématiques, il alla en décrocher une autre en communication à l’Université de Paris II.

Il commencera sa carrière journalistique par l’inévitable El Moudjahid, puis rejoint l’équipe d’Algérie-Actualité, hebdomadaire du secteur public dont la qualité et la liberté de ton étaient surprenantes par rapport au reste des médias détenus par le pouvoir politique de l’époque. Nous attendions impatiemment, chaque jeudi, les écrits de Djaout, Abdelkrim Djaâd, Mohamed Balhi, Ahmed Ben Allam, Azeddine Mabrouki,…etc. Un véritable régal, une bouffée d’oxygène dans la morosité ambiante de la culture du parti unique qui n’arrivait pas à être en phase avec le bouillonnement de la jeunesse et les aspirations de la population.

Djaout était une plume distinguée, raffinée et diaphane. Nous nous retrouvions aisément dans ses articles. Qu’il traite de la culture ou de la société, et malgré les limites imposées par le système, il nous appris à lire entre les lignes, derrière les mots et au-dessous des mots. L’on se souvient encore de ses entretiens avec des auteurs connus ou moins connus, mais toujours appréciés et dégustés. A défaut de revues littéraires de l’envergure de la NRF ou d’Europe ou bien même de Promesses (revue littéraire algérienne des années 1960/70), Algérie-Actualité, dont il faudra un jour écrire l’histoire’’, jouait le rôle de tribune d’expression pour beaucoup d’intellectuels et universitaires (Mostefa Lacheraf, Ali El Kenz, Lotfi Meherzi,…). La 24e page, qui se continuait dans la 23e !, était souvent animée par Tahar Djaout. Amoureux des Arts et des Lettres, il a réalisé des entretiens historiques Adonis, Albert Cossery, Benhadouga, Alain Vircondelet, Jean Pierre Faye, Bernard Noël, Mouloud Mammeri,…

Rappelons-nous cette émouvante et testamentaire Lettre à Dda Lmulud, écrite au lendemain de la disparition de Mammeri en février 1989. La lettre fut publiée dans ‘’Algérie-Actualité’’ du 9 mars et fut accompagnée d’une mémorable illustration signée par le peintre Tighilt Rachid originaire d’Agouni n’Teslent. Djaout y disait notamment : "Le soir où la télévision avait annoncé laconiquement et brutalement ta mort, je n’ai pu m’empêcher, en dépit de l’indicible émotion, de remarquer que c’était la deuxième fois qu’elle parlait de toi : la première fois pour t’insulter lorsque, en 1980, une campagne honteusement diffamatoire a été déclenchée contre toi, et la deuxième fois, neuf ans plus tard, pour nous annoncer ta disparition. La télévision de ton pays n’avait aucun document à nous montrer sur toi ; elle ne t’avait jamais filmé, elle ne t’avait jamais donné la parole, elle qui a pérennisé en des kilomètres de pellicules tant d’intellectuels approximatifs, tant de manieurs de plumes aux ordres du pouvoir".

Le parcours journalistique de Djaout ne pouvait plus continuer dans un organe étatique au moment où une “ouverture démocratique” s’opérait dans le pays juste après les événements d’octobre 1988. Une floraison de journaux allait voir le jour, et l’aventure intellectuelle allait se concrétiser en janvier 1993 lorsque Djaout fonda avec Abdelkrime Djaâd et Arezki Metref l’hebdomadaire Ruptures, un journal de haute facture intellectuelle et de franche ligne républicaine et démocratique. La ‘’vocation ‘’ hebdomadaire de la plume de Djaout y trouvera toute son expression. La typologie de la 24e page reproduit quelque peu celle d’ “Algérie-Actualité” en se faisant le miroir du journal par la présentation de grands entretiens avec les hommes de culture, les intellectuels et les animateurs du monde des arts.

Djaout a pu imprimer aux journaux dans lesquels il a travaillé l’empreinte culturelle, la sensualité artistique et littéraire et la touche intellectuelle, qualités rares dans les publications de l’époque et même dans celles d’aujourd’hui.

Le journalisme mène à tout à condition d’en sortir. Voici une maxime à laquelle le parcours de Djaout a fait une entorse. En effet, il a eu à mener de front l’écriture littéraire (roman, poésie, nouvelle) et l’écriture journalistique laquelle, il faut l’avouer, n’est pas dénuée d’une préoccupation esthétique hautement littéraire. Ce syncrétisme heureux a fait un peu la particularité de Djaout par rapport à ceux de sa génération tels que Rabah Belamri ou Rachid Mimouni.


Exil intérieur et dualité culturelle


Les premiers recueils poétiques de Djaout remontent aux années 1973-74. Solstice barbelé et L’arche à-vau-l’eau sont des poèmes de révolte, de contestation, au style quelque peu iconoclaste, du moins peu coutumier :


" De ma bouche

Grotte obscure

Depuis longtemps sans vie

Coulera la parole

Porteuse de l’espoir "

in ‘’L’Arche à-vau-l’eau’’



Après quatre recueils de poèmes, il publia en 1981 l’énigmatique roman L’Exproprié. Écriture cabrée soutenue par un déluge de mots au preste souffle, histoire à la fois une et hachée et, enfin, une langue non conventionnelle interdisant toute somnolence au lecteur. Le professeur Jean Déjeux, spécialiste de la littérature algérienne, avoue que ce n’est pas un roman facile à lire. Il rappelle ce qu’en dit Djaout lui-même : plutôt qu’un roman, L’Exproprié est une somme de réflexions gravées comme des cicatrices. Déjeux note que le texte tourne autour de thèmes précis : le langage, l’identité, l’exil. Le héros est doublement exproprié : d’un espace natal, de sa légende et de ses mots. En cela, Djaout rejoint la grande problématique traitée par beaucoup d’écrivains maghrébins de langue française, la problématique de l’exil dans son acception la plus dramatique- exil intérieur généré par la dualité culturelle, le malaise psychologique et les ruptures brutales au seins de la société - dépassant de loin le sens géographique de l’exil.

Après son premier roman, suivront “Les Chercheurs d’os, une allégorie sur l’Algérie de l’après-Indépendance et le sort réservé aux anciens combattants. “L’invention du désert’’, un retour sur l’histoire médiévale du pays avec ses excès rigoristes ; un tableau qui ne fait pas mystère de certaines références à l’actualité du pays des deux dernières décades du XXe siècle. Le dernier roman publié avant son assassinat. Les vigiles ’(1991), et par lequel il fut lauréat du Prix Méditerranée, est une dénonciation de la bureaucratie prédatrice et castratrice par laquelle est gouverné le pays et de son pendant, l’islamisme. “Le dernier été de la raison” est un roman posthume de Djaout publié en 1999. Il y règne un univers de glaciation liturgique et martiale d’où n’émergent que quelques audacieux intrépides comme le fameux Boualem le libraire, qui donnent l’image de fous esseulés.

"Il y a une sorte de bonheur balzacien de la limpidité et du déchiffrement immédiat du monde, un désir d’ancrage dans le réel et un plaisir de créer des choses tellement transparentes qu’on a l’impression de palper la réalité juste derrière. Mais, il y a aussi un désir plus complexe, plus jouissif et plus douloureux en même temps que plus ambitieux, qui est de restructurer les choses et le monde, avec une architecture plus novatrice, des interrogations plus profondes et une introspection très fouillée. Il y a donc une écriture de la lisibilité et du bonheur et une écriture du déchiffrement complexe", expliquera Djaout (in El Moudjahid du 18 août 1991.


L’enfant est plus sérieux que l’adulte


Djaout explique dans un entretien comment il conçoit ses personnages, leurs dimensions et leur épaisseur psychologique : "Je crois que l’univers mental de mes romans possède une sorte de noyau : un enfant regarde une rivière et rêve de changer le monde. Pour moi, écrivain, l’enfant n’est pas seulement l’âge de l’homme, c’est aussi l’âge du monde. Tout en homme en général, tout artiste en particulier, possède en son enfance un trésor d’émotions et de souvenirs. Je trouve que l’enfance est l’âge où l’homme fait le moins de concessions. C’est l’âge non seulement où il est plus beau, plus agile, plus intelligent, mais celui où il est le plus courageux. L’enfant, en un mot, est beaucoup plus sérieux que l’adulte (…) Il est évident que la blessure de la fin de l’enfance est une blessure que je porterai toujours béante en moi". (El Watan du 11 avril 1991)

Nous ne pouvons nous empêcher d’établir une relation avec le personnage Menouar des Vigiles : " L’espace illimité et tutélaire, Menouar l’avait connu dans sa jeunesse même à paître les chèvres, ses moutons et ses ânes.

La seule barrière à son regard était une montagne pelée et ocre qu’il mettait une demi-journée à atteindre ". En s’établissant en ville, près de la capitale, et après les premiers émerveillements, il finira par se sentir " comme un fauve en cage, comme une plante coincée dans le béton. Il se met à éprouver un besoin douloureux de buissons, la nostalgie de voir grandir les poussins et les agneaux, de humer les odeurs fortes de l’étable, des brebis qui ont mis bas… Il rêvait aussi d’un feu de bois, de la terre profonde et moite où macéraient les feuilles mortes".



Source: Amar Naït Messaoud

iguerifri@yahoo.fr
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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 15:31
Sadou Mohamed, dit Cheikh Mohand Ouamar, est né en 1889 au village Cheurfa commune d’Azeffoun .
 

Son père, Cheikh Amar Ameziane, lui-même imam et personnalité religieuse très respectée dans la région, fut son premier précepteur. C’est lui qui lui enseigna le coran et le mit sur la voie.
lui-même imam, personnalité très connue de la région. Ancien taleb de la zaouïa de Sidi-Mansour dans la commune de Timizart qu’il intègre vers 1904, il y restera jusqu’en 1917 où  il se distinguera par son intelligence et sa rapidité à apprendre. Il devint vite parmi l’élite de cette zaouïa et il y enseignera pendant 5 ans.
Son parcours s’est particulièrement mêlé à la conjoncture nationale coïncidant avec quelques mutations politiques et sociales du début du siècle. Indéniablement, le Cheikh ne pouvait rester en marge ; bien au contraire, il s’implique au fil des années de lutte. Son éveil politique, il le doit à son voyage à  Alger en 1922. Parti dans le but d’approfondir ses connaissances, rapidement il s’engage au PPA et devient un de ses dirigeants en Kabylie. Il adhère ensuite au MTLD, mais sa vocation première et sa voie il les trouvera après la création de l’Association des Ulémas musulmans algériens où il jouera un rôle prépondérant dans la propagation de la Tarîqa Rahmania. Mohand Arezki Ferrad, Saïd Maoul, Mohamed Salah Essedik apporteront leurs témoignages respectifs sur l’homme, son combat et son travail religieux, notamment son rôle à dénouer les conflits sociaux. Ils évoqueront même ses contacts avec les dirigeants de la Révolution dont Krim Belkacem, Commandant Ouamarane, Aït Ahmed...

Ce qui lui a valu des démêlés avec l’administration coloniale.Très attaché aux valeurs de la société, Cheikh Mohand Ouamar, était sollicité pour tous les différends qui naissaient entre personnes ou entre factions de la société, dans sa région ou beaucoup plus loin, notamment en Kabylie. Et jamais ses jugements ou verdicts n’ont été remis en cause.

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 18:16
Ahmed Takdjout est né à Alger le 4 Novembre 1966. Surnommé Hamidou par son père Hadj el Hadi Takdjout, joueur de mandole, pour son ‘regard intelligent’ dit-il. De la passion précoce de Hamidou pour la musique, son père raconte qu'a peine sa première bougie soufflée, il ne se lassait pas d’écouter de la musique, il voulait tout le temps aller chez deux de nos voisines parce qu’elles ne faisaient que chanter pour lui et lui faisaient écouter beaucoup de disques, les disques étaient ses jouets préférés. Il avait six ans quand il s’intéressa aux instruments de musique, il m’accompagna à la Derbouka suivant bien la cadence et avec un mizane bien adapté aux mélodies que je jouais au mandole. En 1975 , lors d’une fête à l’occasion de la naissance de son unique sœur, alors qu’il n’avait que huit ans , sa première refda fut avec le regretté chanteur chaabi Brahim Kechabtia qui a été étonné par son talent. En plus de sa voix majestueuse posée dans différents registres de la musique algérienne, il pratique le violon, le mandole, le violoncelle et le rebab.


Biographie et évolution musicale
Hamidou est issu d'une lignée de parents originaires d'Azeffoun (qui a vu naître un grand nombre des grandes figures de la musique classique algérienne, comme Mohamed El Anka, le doyen de la musique chaâbie) , Le jeune Ahmed grandit dans le quartier El Mouradia d'Alger et est surnommé très tôt Hamidou par son père Hadj el Hadi Takdjout, joueur de mandole, (pour son ‘regard intelligent').

En effet, l'enfant est passionné par la musique et commence très tôt sa carrière musicale auprès de la prestigieuse association de musique andalouse El Fakhardjia . Il fut élève de la classe supérieure dirigée par Cheikh Abderezzak Fakhardji. A 15 ans, Hamidou occupa déjà le devant de la scène lors des concerts donnés par El-Fakhardjia, par des interprétations en solo des istikhbarats et des chghalats de lanouba andalouse. De cette voix jeune et forte, Abdelouahab Nefil, actuel président d'El-Fakhardjia raconte « En 1983, lors du festival du Malouf au théâtre régional de Constantine, Hamidou interpréta un insiraf de la nouba Zidane, du regretté Mahieddine Bachtarzi assis à mes côtés dans la salle fût émerveillé par son talent et me confia que ce jeune avait un avenir bien prometteur devant lui ».

Hamidou devient par la suite un brillant interprète de Hawzi. A de multiples occasions, il fut un honorable ambassadeur de la musique algérienne à travers le monde et est régulièrement récompensé pour ces vibrantes interprétations du répertoire andalou.

Cependant, avec sa vivacité et son dynamisme, Hamidou ne se réserve pas à la musique classique algérienne, mais alla, avec toute la créativité et l'ambition d'un jeune artiste, dans la recherche d'autres styles musicaux qu'il n'eut d'ailleurs pas tort d'aborder puisque toutes ces expériences sont appréciées. Ainsi, il fût le premier à avoir chanté du rap algérien à travers « Jawla Fileil ». Aussi, il se lance dans des créations les plus originales que les autres, notamment, avec sa chanson Seroual loubia qui fut un grand tube des années 80.. En 1985 il est l'auteur de Jaoula fellil qui n'avait pas intéressé un large public à cette époque.

Il créa par la suite la surprise en montrant son talent dans l'interprétation de la chanson kabyle à travers son album ‘Thamaghra N-Kheloudja' dont il fût le compositeur de plusieurs chansons, notamment ‘Ismim a yemma' dédiée à toutes les mamans. Il se marie le 24 mai 1990. Il intègrera le groupe Nomads à la fin des années 90 avec notamment la chanson ‘Yakalélo' obtient un grand succès qui correspond à l'époque où il mena une belle expérience avec TF1. La tournée a duré de 1998 à 2001 et entre dans le monde du show-bizness. J'ai eu la grande chance de rencontrer des stars internationales, à l'image de Céline Dion, Yannick Noah, Carde Frédérique, Patrick Fiori... et autres. J'ai su, à travers cette magnifique tournée, que le succès ne dure pas. En Algérie, j'ai la chance d'avoir autant de succès, même après vingt ans de carrière. A l'étranger, la durée de vie d'un artiste se résume en fonction d'un tube.


 
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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 17:02

Biographie



Bachir Hadj Ali est né dans la Casbah d'Alger le 10 décembre 1920 d'une famille modeste originaire d’Aït Hammad (Azeffoun) en Kabylie. Il suit les cours de l'école coranique et de l'école française mais, pour aider sa famille, renonce en 1937 à entrer à l'École normale d'instituteurs. Après sa démobilisation, il adhère en 1945 au Parti communiste algérien (PCA). En 1948 il devient rédacteur en chef du journal “Liberté”, organe central du PCA, entre à son secrétariat en 1951 et est en 1953 condamné à deux ans de prison par les tribunaux coloniaux pour atteinte à la sûreté de l'État.

Demeuré dans la clandestinité durant toute la guerre de libération nationale, Bachir Hadj Ali négocie en 1956 avec Sadek Hadjeres l'intégration dans l'ALN des « Combattants de la libération », organisation militaire des communistes algériens, créée en 1954, dont il est responsable. Il prend alors la direction du PCA.

Après l'Indépendance le président Ben Bella interdit en novembre 1962 le PCA. Bachir Hadj Ali est, auprès de Mouloud Mammeri, Jean Sénac, Mourad Bourboune, l'un des fondateurs de l'Union des écrivains algériens, dont il démissionne en 1963.

Après la prise du pouvoir par Houari Boumediène le 18 juin 1965, il crée avec la gauche du FLN, Hocine Zahouane et Mohammed Harbi, l’« Organisation de la Résistance Populaire » (ORP). Il est en septembre arrêté et torturé dans les locaux de la Sécurité militaire à Alger. Transféré en novembre à la prison de Lambèse il écrit L’Arbitraire sur des feuilles de papier toilette qu'il parvient à transmettre, dissimulées dans des cigarettes évidées, à sa femme Lucette lors de ses visites. Le texte qui décrit les tortures qu'il subit, et dont il conservera de graves séquelles, est publié en 1966 aux Editions de Minuit. Libéré en 1968, Bachir Hadj Ali est assigné à résidence à Saïda puis Ain Sefra. Interdit de séjour dans les grandes villes algériennes, il ne regagne Alger qu'en 1974.

Écrivant poèmes et essais, Bachir Hadj Ali, fondateur en 1966 du PAGS, mène dès lors une intense activité, interrompue à partir de 1980 par la perte progressive de la mémoire. Il meurt à Alger le 8 mai 1991.

 

Bibliographie

  • -Sources, caractéristiques et perspectives de la musique algérienne, Paris, La Nouvelle critique, 1960.

  • Notre peuple vaincra, essai, Alger, Édition clandestine du PCA, 1960; Genève, Editions. du Fennec, 1961.

  •  -Chants pour le 11 décembre; poèmes, Alger, Édition clandestine, 1961; édition augmentée, tiré à part, Paris, La Nouvelle Critique, 1963 (46 p.).

  •  -Qu'est-ce qu'un révolutionnaire algérien en 1963 ?, Paris, Semaine de la pensée marxiste, 1963.

  • Culture nationale et révolution, conférence (Alger, 30 mars 1963), La Nouvelle Critique, n° 147, juin 1963 (24 p.).

  •  -Essai sur la critique et l'autocritique, Alger Républicain, Alger, 1964.

  •  -Qu'est-ce qu'une musique nationale ?, ¨Paris, La Nouvelle Critique, 1964.

  •  -Quelques leçons du combat libérateur en Algérie, Paris, Nouvelle Revue Internationale, janvier 1965.

  •   -Culture et révolution socialiste, dans "Jeunesse", n° 3, Alger, mai 1965.

  •   -La Révolution socialiste mondiale et les mouvements de libération, Prague, Éditions Paix et Socialisme, 1965.

  •   -L'Arbitraire, récit, suivi de Chants pour les nuits de septembre, poèmes, Paris, PAGS, décembre 1965; Paris, Éditions de Minuit, 1966, avec une préface de Hocine Zahouane et une introduction de Mohamed Harbi; Alger, PAGS, 1989, avec une nouvelle préface de Khadda (58 p.); Alger, Éditions Dar El Ijihad, 1991; Alger, Editions APIC, 2005 (61 p.).

  •   -Que la joie demeure!, poèmes, Paris, Éditions P. J. Oswald, 1970; réédition : Paris, L'Harmattan, 1980 (102 p.).

  •   -Le Mal de vivre et la volonté d'être dans la jeune poésie algérienne d'expression française, essai, dans "Littérature algérienne", Europe, Paris, juillet-août 1976; réédition, Alger, 1977 (32 p.).

  •   -Mémoire-clairière, poèmes, Paris, Les Éditeurs français réunis, 1978 (96 p.).

  •   -"El Anka et la tradition "chaabi"". In Annuaire de l'Afrique du Nord, XVII, 1978. Extrait. C.N.R.S.

  •   -El Anka et la tradition "Chaâbi", dans "Algérie-Actualité", n° 703, Alger, 5-11 avril 1979.

  •   -Actuelles-Partitions pour demain, poèmes, couverture et 12 dessins de Mohammed Khadda, Sigean, Éditions de l'Orycte, 1980.

  •   -Cheikh Bouamama, L'insurrection du Sud en 1881 et son contexte, dans "Algérie-Actualité", n°813, Alger, 14-20 mai 1981.

  •   -Soleils sonores, poèmes, avec 6 dessins de Khadda, Alger, E.N.A.G., 1985 (88p.) (à compte d'auteur).

  • Lettres à Lucette, 1965-1966, Alger, Régie Sud Méditerranée, 2002 (404 p.).

Sur Bachir Hadj Ali

  • -Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.

  •  -Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).

  •   -Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0)

Jugement

« L’un faisait chanter les couleurs, l’autre extorquait aux mots un suc insoupçonné. Une amitié qui n’avait rien de mondain les liait : une camaraderie intransigeante, une attention pointilleuse, une affection profonde et inquiète. Mohammed Khadda et Bachir Hadj Ali, qui viennent de mourir à quelques jours d’intervalle, ont accompli un long chemin ensemble : chemin d’artistes, chemin d’hommes, chemin de patriotes, chemins de citoyens attachés à leur pays et à la totalité du monde. Refusant de s’enfermer dans leur art, de barricader leur porte et de calfeutrer leurs fenêtres contre les cohues, les drames et les espoirs de la rue, ils ont décidé d’être aux côtés de leurs semblables qui luttent pour leur dignité et pour celle de tous les hommes. Et, miracle! loin d’en souffrir, leur art y a gagné en exigence, en combativité, en humanisme. Chez Bachir Hadj Ali et Mohammed Khadda, il n’y a pas eu de conflit ou de divorce entre l’artiste et le militant, entre l’homme ouvert à tous les rêves et l’homme qui tente de les concrétiser par l’action. (...)
En dépit d’une action politique et d’une œuvre esthétique et analytique d’une grande portée, Bachir Hadj Ali a vécu, surtout depuis l’indépendance de son pays, dans l’ombre. L’ombre que dicte l’humilité mais aussi, hélas! celle qu’imposent les barreaux des prisons. Cet homme fait pour le chant et la lumière, épris de “soleils sonores” a connu - dans son pays devenu libre! - la torture qui meurtrit ceux qui la subissent mais n’avilit et ne mutile irrémédiablement que ceux qui la pratiquent. Bachir Hadj Ali ne nous a pas demandé de garder en mémoire les noms de ses tortionnaires, il nous a interdit de répondre à la haine par la haine. C’est pourquoi, sans oublier ses épreuves, nous retiendrons beaucoup plus ses chants qui plaident pour la joie, qui disent “les œillets rouges” et les “rêves en désordre”. (...)
Des amateurs avertis - mais insuffisants, hélas! - ont rendu hommage au militant modèle, au musicologue, au poète dont le souffle épique s’allie à une rare originalité qui tire son essence d’une ouverture heureuse sur la culture universelle et d’un ancrage dynamique dans le patrimoine arabo-berbère. (...)
Comment imaginer une Algérie sans M'hamed Issiakhem, sans Mouloud Mammeri, sans Kateb Yacine, sans Mohammed Khadda et Bachir Hadj Ali? Les deux derniers à nous quitter reposent aujourd’hui côte à côte, frères pour l’éternité. Leur intelligence, leur savoir-faire et leur amour ont interrogé et affronté la grande énigme du monde. Ils ont contribué à nous rendre la terre plus habitable. Ils ont contribué à faire de leur pays une oasis de plus sur la planète. »

Tahar Djaout, Frères pour l’éternité, dans "Algérie-Actualité", n° 1335, Alger, 16-22 mai 1991.

 

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 03:25
Rêves en désordre

je rêve d'îlots rieurs et de criques ombragées

Je rêve de cités verdoyantes silencieuses la nuit
Je rêve de villages blancs bleus sans trachome
Je rêve de fleuves profonds sagement paresseux
Je rêve de protection pour les forêts convalescentes
Je rêve de sources annonciatrices de cerisaies
Je rêve de vagues blondes éclaboussant les pylônes
Je rêve de derricks couleur de premier mai
Je rêve de dentelles langoureuses sur les pistes brûlées
Je rêve d'usines fuselées et de mains adroites
Je rêve de bibliothèques cosmiques au clair de lune
Je rêve de réfectoires fresques méditerranéennes
Je rêve de tuiles rouge au sommet du Chélia
Je rêve de rideaux froncés aux vitres de mes tribus
Je rêve d'un commutateur ivoire par pièce
Je rêve d'une pièce claire par enfant
Je rêve d'une table transparente par famille
Je rêve d'une nappe fleurie par table
Je rêve de pouvoirs d'achat élégants
Je rêve de fiancées délivrées des transactions secrètes
Je rêve de couples harmonieusement accordés
Je rêve d'hommes équilibrés en présence de la femme
Je rêve de femmes à l'aise en présence de l'homme
Je rêve de danses rythmiques sur les stades
Et de paysannes chaussées de cuir spectatrices
Je rêve de tournois géométriques inter-lycées
Je rêve de joutes oratoires entre les crêtes et les vallées
Je rêve de concerts l'été dans des jardins suspendus
Je rêve de marchés persans modernisés
Pour chacun selon ses besoins
Je rêve de mon peuple valeureux cultivé bon
Je rêve de mon pays sans tortures sans prisons
Je scrute de mes yeux myopes mes rêves dans ma prison
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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 03:16

C'est dans les locaux de la Sécurité militaire, Chemin Poirson à Alger, alors que les tortures avaient cessé et qu'il reprenait des forces avant son transfert à la Centrale de Lambèse, le 20 novembre 1965, que Bachir Hadj Ali a écrit cet ouvrage.
A Lambèse, il l'a recopié sur du papier hygiénique et avec l'aide de ses camarades, il l'a introduit dans des cigarettes qui avaient été vidées de leur tabac. Lors de la seconde visite autorisée depuis leur arrestation, c'est-à-dire le 5 février 1966, Bachir Hadj Ali a remis un certain nombre de paquets de cigarettes à sa femme en lui faisant comprendre qu'elle devait en prendre grand soin.
Arrivée à la maison à Hussein-Dey, Lucette Safia Hadj Ali a défait ces paquets, découvert l'ouvrage, l'a tapé à la machine à écrire et l'a adressé à la direction clandestine du Parti Communiste Algérien. Ronéoté, L'Arbitraire a été distribué partout. Transmis en France, il a été publié par les Editions de Minuit en mai 1966.
Il est évident que la publication de cet ouvrage a fortement irrité les autorités algériennes. Bachir Hadj Ali, Mohamed Harbi et Hocine Zahouane (qui avaient préfacé tous deux le livre) en ont immédiatement subi les conséquences : ils ont été séparés de leurs compagnons en mars 1966 et leurs conditions de détention
se sont considérablement aggravées (Voir Lettres à Lucette (1965-1966), de Bachir Hadj Ali, Editions RSM, Alger 2003). Le courrier a été suspendu pendant trois mois et les visites
n'ont été rétablies que quinze mois après, en mai 1967.
L'Arbitraire a été réédité en 1991 par les Editions Dar et Ijtihad, sa couverture illustrée par la reproduction du tableau de Mohammed Khadda, Le Supplicié. Il a été traduit en plusieurs langues, notamment en arabe au Liban.
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