H'nifa: De la misère à l’errance en passant par la chanson

Publié le 8 Avril 2008

 

L’avant-première du film documentaire Hnifa, une vie brûlée a été projetée jeudi dernier au cinéma de la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Le documentaire de Ramdane Iftini, qui porte sur la vie de la défunte chanteuse kabyle Hnifa, qui sera toujours parmis nous avec ses oeuvres, a obtenu l’olivier d’or du meilleur film documentaire lors de la dernière édition du festival du film amazigh qui s’est déroulée à Sétif.

Le réalisateur a retracé le parcours de la diva depuis sa naissance le 4 avril 1924 à Ighil Mahni, dans la localité d’Azeffoun. Hnifa, de son vrai nom Zoubida, n’a pas vécu en Kabylie. Sa famille s’est déplacée quelques années après à La Casbah d’Alger où elle s’est définitivement installée. M. Iftini, qui s’est intéressé aux moindres détails de la vie de la chanteuse et a tenté de les rapporter avec un maximum de fidélité, a raconté que celle-ci avait un caractère introverti depuis sa tendre enfance. Zoubida ne jouait pas avec les enfants de son âge. Elle se retirait même de ses sept frères et sœurs et passait son temps à chanter toute seule. Ses parents sont allés jusqu’à consulter des médecins pour s’assurer de la santé de leur fille. Un jour, son père a décidé de prendre l’avis d’un taleb. Celui-ci lui dira que «le destin de Zoubida était noir et qu’elle traversera de dures épreuves dans sa vie. Ce fut réellement le cas. Le film raconte que Hnifa a été mariée dès son jeune âge à un vieil homme de la Casbah, un ami de son père. Ne pouvant plus supporter la vie qu’elle menait auprès de cet homme, la jeune femme a fui le domicile conjugal pour retourner auprès de ses parents. En 1947, lorsqu’un nouveau prétendant s’est présenté, son père n’a pas hésité à la marier, sans pour autant le connaître. Après avoir vécu quelques années ensemble et avoir eu deux filles, dont l’une seulement est restée en vie, Zoubida a découvert que son mari était déjà marié et père d’un enfant. Elle l’a quitté de suite et est retournée une nouvelle fois chez ses parents. N’ayant pas toléré l’échec de son mariage, son père l’a renvoyée du domicile. Divorcée, avec à sa charge une fille à nourrir, Hnifa s’est rendue chez sa sœur qui, malheureusement, avait refusé de l’héberger. Dès lors, Hnifa s’est installée dans un bidonville de la capitale et a exercé de petits métiers pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa petite Leïla. C’est durant cette période aussi, soit début des années 1950, qu’elle a commencé à prendre contact avec des chanteurs et des musiciens de la radio et à se découvrir un talent et une voix exceptionnels. Elle a fait ses premiers pas dans la chorale polyphonique de la chaîne kabyle en 1952 avec Djamila, Chérifa, Anissa et tant d’autres voix féminines algériennes.
C’est en novembre de la même année qu’elle a signé ses premières chansons avec Amar Ouzellaguène et Ldjida, avant de commencer à composer pour elle-même. C’est à partir de là qu’a été réalisée sa fameuse chanson D rray iw it ikhedmen, avant d’enregistrer en mai 1953, en France, trois disques dans lesquels figuraient Allah ya Rebbi farredj. En 1955, elle a enregistré cinq autres chansons. Hnifa qui commençait à prendre son envol, n’a cessé de rappeler la détresse des femmes kabyles qui est également la sienne. Son malheureux destin et sa jeunesse «brûlée» au milieu des misères reviennent souvent dans ses poèmes. La défunte reconnaît cependant sa part de responsabilité dans Drray iw amechum et d’rray iw it ikhedmen. A zher iw anda tenzid et Wi yufan zher is d saâ, chansons qui ont marqué le parcours de Hnifa en particulier, et la chanson kabyle en général. En 1956, cette femme au destin mitigé s’est installée en France en compagnie de son troisième mari, Mustapha Hasni, musicien de son état. Elle n’a pas tardé à intégrer Radio Paris, avec l’aide de Mustapha Laânqa. Elle a chanté en chorale avec Taleb Rabah et en duo avec Kamel Hammadi qui deviendront ses principaux compositeurs. Après l’indépendance, elle est retournée en Algérie et a animé des galas avec plusieurs artistes, comme Fadhéla Dziria à Alger. Elle s’est également produite à El-Oued, Ouargla et Touggourt où elle a eu la chance de chanter auprès de Dalida. Entre 1968 et 1969, elle a enregistré A yafrukh-iw, D rray-iw id sebba et A sidi Abderrahmane et A yelli, composées par Kamal Hammadi. En 1975, Hnifa a joué un rôle secondaire dans le feuilleton l’Incendie, de Mustapha Badiî. Les six années restantes de la vie de cette femme qui a toujours défié la société ont été un péril. Libérée de toute obligation, sa fille étant mariée, elle s’est installée de nouveau en France. Pour alléger ses peines, Hnifa passait la majeure partie de son temps dans les bars. Tout l’argent qu’elle gagnait partait dans ces boîtes et hôtels qui étaient son seul refuge. Sa dernière œuvre artistique a été sa participation, en 1978, dans le film les Chevaux du soleil, avec Chikh Nordine. Les souffrances de Hnifa ont pris fin le 22 novembre 1983 dans une chambre d’hôtel à Paris où elle a été retrouvée morte en possession de quelques sous qu’elle avait pu gagner au bar d’Akli Yahiatène, qu’elle fréquentait les derniers mois de sa vie. Son corps a été rapatrié vers Alger quelques jours plus tard avant d’être enterré au cimetière d’El-Alia. C’est donc la vie brûlée d’une femme qui n’a trouvé de solution à son mal que dans la chanson et l’alcool, lesquels l’ont démolie. Ramdane Iftini s’est basé, pour la réalisation de ce film documentaire, ô combien touchant, sur les témoignages des membres de la famille de la diva Hnifa, de ses voisins et des artistes qui l’ont côtoyée tout au long de son parcours. Il a même filmé quelques scènes pour accompagner le texte et donner plus de crédibilité et de force à son œuvre. Le réalisateur qui a fait preuve de beaucoup d’objectivité a bien mérité le prix du meilleur film documentaire, obtenu lors du festival du film amazigh.

Source: A.D/Le jeune Indépendant

Rédigé par Hamid

Publié dans #Célébrités d'Azeffoun

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isaddek1896 14/05/2008 20:00

Je tiens à vous remercier pour votre honnêteté, et ne vous tiens nullement rigueur dans la mesure, ou vous avez repris simplement l'article "à chaud", de ce monsieur "le journaliste», lequel n'est pas allé avec le dos de la cuillère.
 
Nous avons un dicton qui dit à peu prés ceci « maquache sedjra mahez’hache errihe »
 
En ce qui concerne votre blog, il est instructif malgré tout et bonne continuation, pour la mémoire et contre un mal pernicieux appelé « l’oubli »
 
Mes sincères salutations.
Nb/La déentologie n'est plus de mise.