Bachir Hadj Ali
Publié le 26 Octobre 2007
Bachir Hadj Ali est né dans la Casbah d'Alger le 10 décembre 1920 d'une famille modeste originaire d'Aït Hammad (Azeffoun). Il suit les cours de l'école coranique et de l'école française mais, pour aider sa famille, renonce en 1937 à entrer à l'École normale d'instituteurs. Après sa démobilisation, il adhère en 1945 au Parti communiste algérien (PCA). En 1948 il devient rédacteur en chef du journal 'Liberté?, organe central du PCA, entre à son secrétariat en 1951 et est en 1953 condamné à deux ans de prison par les tribunaux coloniaux pour atteinte à la sûreté de l'État.
Demeuré dans la clandestinité durant toute la guerre de libération nationale, Bachir Hadj Ali négocie en 1956 avec Sadek Hadjeres l'intégration dans l'ALN des « Combattants de la libération », organisation militaire des communistes algériens, créée en 1954, dont il est responsable. Il prend alors la direction du PCA.
Après l'Indépendance le président Ben Bella interdit en novembre 1962 le PCA. Bachir Hadj Ali est, auprès de Mouloud Mammeri, Jean Sénac, Mourad Bourboune, l'un des fondateurs de l'Union des écrivains algériens, dont il démissionne en 1963.
Après la prise du pouvoir par Houari Boumediène le 18 juin 1965, il crée avec la gauche du FLN, Hocine Zahouane et Mohammed Harbi, l'« Organisation de la Résistance Populaire » (ORP). Il est en septembre arrêté et torturé dans les locaux de la Sécurité militaire à Alger. Transféré en novembre à la prison de Lambèse il écrit L'Arbitraire sur des feuilles de papier toilette qu'il parvient à transmettre, dissimulées dans des cigarettes évidées, à sa femme Lucette lors de ses visites. Le texte qui décrit les tortures qu'il subit, et dont il conservera de graves séquelles, est publié en 1966 aux Editions de Minuit. Libéré en 1968, Bachir Hadj Ali est assigné à résidence à Saïda puis Ain Sefra. Interdit de séjour dans les grandes villes algériennes, il ne regagne Alger qu'en 1974.
Écrivant poèmes et essais, Bachir Hadj Ali, fondateur en 1966 du PAGS, mène dès lors une intense activité, interrompue à partir de 1980 par la perte progressive de la mémoire. Il meurt à Alger le 8 mai 1991.
Bachir Hadj Ali est né dans la Casbah d'Alger le 10 décembre 1920 d'une famille modeste originaire d'Aït Hammad (Azeffoun). Il suit les cours de l'école coranique et de l'école française mais, pour aider sa famille, renonce en 1937 à entrer à l'École normale d'instituteurs. Après sa démobilisation, il adhère en 1945 au Parti communiste algérien (PCA). En 1948 il devient rédacteur en chef du journal "Liberté", organe central du PCA, entre à son secrétariat en 1951 et est en 1953 condamné à deux ans de prison par les tribunaux coloniaux pour atteinte à la sûreté de l'État.
Demeuré dans la clandestinité durant toute la guerre de libération nationale, Bachir Hadj Ali négocie en 1956 avec Sadek Hadjeres l'intégration dans l'ALN des « Combattants de la libération », organisation militaire des communistes algériens, créée en 1954, dont il est responsable. Il prend alors la direction du PCA.
Après l'Indépendance le président Ben Bella interdit en novembre 1962 le PCA. Bachir Hadj Ali est, auprès de Mouloud Mammeri, Jean Sénac, Mourad Bourboune, l'un des fondateurs de l'Union des écrivains algériens, dont il démissionne en 1963.
Après la prise du pouvoir par Houari Boumediène le 18 juin 1965, il crée avec la gauche du FLN, Hocine Zahouane et Mohammed Harbi, l'« Organisation de la Résistance Populaire » (ORP). Il est en septembre arrêté et torturé dans les locaux de la Sécurité militaire à Alger. Transféré en novembre à la prison de Lambèse il écrit L'Arbitraire sur des feuilles de papier toilette qu'il parvient à transmettre, dissimulées dans des cigarettes évidées, à sa femme Lucette lors de ses visites. Le texte qui décrit les tortures qu'il subit, et dont il conservera de graves séquelles, est publié en 1966 aux Editions de Minuit. Libéré en 1968, Bachir Hadj Ali est assigné à résidence à Saïda puis Ain Sefra. Interdit de séjour dans les grandes villes algériennes, il ne regagne Alger qu'en 1974.
Écrivant poèmes et essais, Bachir Hadj Ali, fondateur en 1966 du PAGS, mène dès lors une intense activité, interrompue à partir de 1980 par la perte progressive de la mémoire. Il meurt à Alger le 8 mai 1991.
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Sources, caractéristiques et perspectives de la musique algérienne, Paris, La Nouvelle critique, 1960.
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Notre peuple vaincra, essai, Alger, Édition clandestine du PCA, 1960; Genève, Editions. du Fennec, 1961.
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Chants pour le 11 décembre; poèmes, Alger, Édition clandestine, 1961; édition augmentée, tiré à part, Paris, La Nouvelle Critique, 1963 (46 p.).
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Qu'est-ce qu'un révolutionnaire algérien en 1963 ?, Paris, Semaine de la pensée marxiste, 1963.
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Culture nationale et révolution, conférence (Alger, 30 mars 1963), La Nouvelle Critique, n° 147, juin 1963 (24 p.).
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Essai sur la critique et l'autocritique, Alger Républicain, Alger, 1964.
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Qu'est-ce qu'une musique nationale ?, ¨Paris, La Nouvelle Critique, 1964.
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Quelques leçons du combat libérateur en Algérie, Paris, Nouvelle Revue Internationale, janvier 1965.
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Culture et révolution socialiste, dans "Jeunesse", n° 3, Alger, mai 1965.
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La Révolution socialiste mondiale et les mouvements de libération, Prague, Éditions Paix et Socialisme, 1965.
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L'Arbitraire, récit, suivi de Chants pour les nuits de septembre, poèmes, Paris, PAGS, décembre 1965; Paris, Éditions de Minuit, 1966, avec une préface de Hocine Zahouane et une introduction de Mohamed Harbi; Alger, PAGS, 1989, avec une nouvelle préface de Khadda (58 p.); Alger, Éditions Dar El Ijihad, 1991; Alger, Editions APIC, 2005 (61 p.).
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Que la joie demeure!, poèmes, Paris, Éditions P. J. Oswald, 1970; réédition : Paris, L'Harmattan, 1980 (102 p.).
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Le Mal de vivre et la volonté d'être dans la jeune poésie algérienne d'expression française, essai, dans "Littérature algérienne", Europe, Paris, juillet-août 1976; réédition, Alger, 1977 (32 p.).
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Mémoire-clairière, poèmes, Paris, Les Éditeurs français réunis, 1978 (96 p.).
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"El Anka et la tradition "chaabi"". In Annuaire de l'Afrique du Nord, XVII, 1978. Extrait. C.N.R.S.
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El Anka et la tradition "Chaâbi", dans "Algérie-Actualité", n° 703, Alger, 5-11 avril 1979.
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Actuelles-Partitions pour demain, poèmes, couverture et 12 dessins de Mohammed Khadda, Sigean, Éditions de l'Orycte, 1980.
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Cheikh Bouamama, L'insurrection du Sud en 1881 et son contexte, dans "Algérie-Actualité", n°813, Alger, 14-20 mai 1981.
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Soleils sonores, poèmes, avec 6 dessins de Khadda, Alger, E.N.A.G., 1985 (88p.) (à compte d'auteur).
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Lettres à Lucette, 1965-1966, Alger, Régie Sud Méditerranée, 2002 (404 p.).
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Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.
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Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).
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Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0)
« L'un faisait chanter les couleurs, l'autre extorquait aux mots un suc insoupçonné. Une amitié qui n'avait rien de mondain les liait : une camaraderie intransigeante, une attention pointilleuse, une affection profonde et inquiète. Mohammed Khadda et Bachir Hadj Ali, qui viennent de mourir à quelques jours d'intervalle, ont accompli un long chemin ensemble : chemin d'artistes, chemin d'hommes, chemin de patriotes, chemins de citoyens attachés à leur pays et à la totalité du monde. Refusant de s'enfermer dans leur art, de barricader leur porte et de calfeutrer leurs fenêtres contre les cohues, les drames et les espoirs de la rue, ils ont décidé d'être aux côtés de leurs semblables qui luttent pour leur dignité et pour celle de tous les hommes. Et, miracle! loin d'en souffrir, leur art y a gagné en exigence, en combativité, en humanisme. Chez Bachir Hadj Ali et Mohammed Khadda, il n'y a pas eu de conflit ou de divorce entre l'artiste et le militant, entre l'homme ouvert à tous les rêves et l'homme qui tente de les concrétiser par l'action. (...)
En dépit d'une action politique et d'une oeuvre esthétique et analytique d'une grande portée, Bachir Hadj Ali a vécu, surtout depuis l'indépendance de son pays, dans l'ombre. L'ombre que dicte l'humilité mais aussi, hélas! celle qu'imposent les barreaux des prisons. Cet homme fait pour le chant et la lumière, épris de soleils sonores? a connu - dans son pays devenu libre! - la torture qui meurtrit ceux qui la subissent mais n'avilit et ne mutile irrémédiablement que ceux qui la pratiquent. Bachir Hadj Ali ne nous a pas demandé de garder en mémoire les noms de ses tortionnaires, il nous a interdit de répondre à la haine par la haine. C'est pourquoi, sans oublier ses épreuves, nous retiendrons beaucoup plus ses chants qui plaident pour la joie, qui disent 'les oeillets rouges " et les rêves en désordre"(...)
Des amateurs avertis - mais insuffisants, hélas! - ont rendu hommage au militant modèle, au musicologue, au poète dont le souffle épique s'allie à une rare originalité qui tire son essence deune ouverture heureuse sur la culture universelle et deun ancrage dynamique dans le patrimoine arabo-berbère. (...)
Comment imaginer une Algérie sans M'hamed Issiakhem, sans Mouloud Mammeri, sans Kateb Yacine, sans Mohammed Khadda et Bachir Hadj Ali. Les deux derniers à nous quitter reposent aujourd'hui côte à côte, frères pour l'éternité. Leur intelligence, leur savoir-faire et leur amour ont interrogé et affronté la grande énigme du monde. Ils ont contribué à nous rendre la terre plus habitable. Ils ont contribué à faire de leur pays une oasis de plus sur la planète. »
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Tahar Djaout, Frères pour l'éternité, dans "Algérie-Actualité", n° 1335, Alger, 16-22 mai 1991.
El Watan - 11 juin 2007
Variations sur quelques poèmes de Bachir Hadj Ali
Charme et mélancolie, ironie et fantaisie, anachronisme et négation féconde de l'individualisme en art, la poésie de Bachir Hadj Ali établit entre la pensée et l'objet qu'elle se donne une relation de continuité, de sorte qu'elle peut être interprétée globalement comme la célébration d'un éveil de la conscience à une liberté créatrice sans cesse accrue :
« Vigueurs amples féeries
L'artiste scrute sa forêt
Où découvrir l'achèvement ?
Où découvrir le son caressant ?
Sinon au commencement
Du mouvement énigmatique. » (Chant)
Pour le poète, cette liberté est un continuel défi, sans jamais se laisser réduire à une énigme solitaire, dans un espace vide et pur. La relation de continuité par laquelle nous pouvons la saisir et expliquer son mouvement est garantie d'une pensée qui ne se lasse pas de s'interroger sur les moyens d'appréhender la réalité du monde contemporain :
« Le message d'espoir est délivré
Il tamise la lumière
Mécanique brisée du rêve
La mer est jaune
La ville désemparée
Délivrez les cadavres
Nous aurons des ailes
Les tombes seront ouvertes
La nuit. » (Danse)
En lisant les poèmes de Bachir Hadj Ali, nous décelons un objet constant de recherches esthétiques assurant du même coup l'accession du poète à l'invention de son propre univers et à la vérification de son expérience de créateur. Les actes qui appartiennent à cette oeuvre ne peuvent se résumer en quelques affirmations :
« Séparer le bruit du songe
C'est retrouver l'intimité
Et les instants successifs
De la transition
Mais ils retournent
Contre eux-mêmes
L'avenir à réaliser. » (Musique contre l'insomnie)
L'éclosion ou la décadence (jamais la plénitude ni l'équilibre) sont les deux pôles de son art. La souffrance de Bachir Hadj Ali s'humanise. La chanson des pauvres s'allume après le soir avec une seule lumière. La voix fatiguée d'une femme se désespère dans une pauvreté pleine d'allégresse. Le monde de Bachir Hadj Ali est un monde de luttes et de contrastes :
« Architecte des hauteurs
Siècle de créativité
Ils dirigent la main de l'intelligence
Ils respectent le pain
Et sa saveur craquelée
Ecorces miraculeuses
Où est ce temps
De la complicité fraternelle
Entre l'homme et l'outil
Incitation à vivre debout
Nos doigts survivront
Au feu. » (L'outil)
Un poème de Bachir Hadj Ali commence par dépayser le lecteur par une espèce de renversement du monde réel dont il ne déchiffre l'énigme essentielle qu'à partir de la signification plénière de l'oeuvre du poète.
Djilali Khellas
El Watan - 13 mai 2006
Évocation
Hadj Ali, une journée pour le souvenir
Un vibrant hommage a été rendu jeudi après-midi à Bachir Hadj Ali à l'occasion du 15e anniversaire de la disparition (le 9 mai 1991) de celui qui a été le premier secrétaire du Parti communiste Algérien (PCA).
Une demi-journée d'étude a ponctué les retrouvailles, dans la salle de la fondation Freidrich Ebert, sur les hauteurs d'Alger, de plusieurs de ses camarades dont certains ont été de proches compagnons, comme sa campagne Lucette Hadj Ali ou Ahmed Akkache (80 ans aujourd'hui). Deux facettes de cette figure de proue du militantisme algérien ont fait l'objet de communications. Le sociologue Hassen Remaoun a donné une conférence intitulée « Bachir et la vie politique en Algérie ».
Toujours dans ce cadre, Ahmed Akkache a fait un témoignage bouleversant, non seulement sur les combats menés par Hadj Ali, mais également sur cette longue période de luttes pour l'indépendance et pour l'émancipation sociale des Algériens. La deuxième facette portant sur « l'amoureux des arts et des lettres » a vu les interventions de Nadjet Khadda « propos sur la culture », Ismaïl Abdoun « poésie et engagement : mémoire clairière » et enfin Nasreddine Baghdadi « Le chaabi vu par Bachir Hadj Ali ».
Des poèmes de ce militant communiste qui était aussi écrivain, poète et musicologue, ont été lus avec émotion par Souad Inal. Réda Doumaz a agrémenté l'après-midi par des chansons chaâbi à la mémoire du disparu.
A. A.
El Watan - 27 septembre 2005
Bachir Hadj Ali ressuscité par son épouse Lucette
Alors que tous les présents attendaient, avec impatience, hier matin à la Safex, la conférence sur Isabelle Eberhardt par Charles Edmonde Roux, à l'occasion du centenaire de sa mort, un animateur annonce le report inexpliqué de cette rencontre pour être remplacée par un autre rendez-vous avec Lucette Hadj Ali.
C'est avec une voix fluette que Lucette Hadj Ali est remontée dans le temps pour se remémorer les moments de combat de son regretté époux Bachir. Le livre de son mari intitulé L'arbitraire, publié par les éditions Apic, a été en fait un prétexte pour revenir sur la vie et l'oeuvre de cet homme.Très jeune, Bachir Hadj Ali montre un intérêt certain pour la question nationale en adhérant aux scouts musulmans. En 1954, il rallie le Parti communiste algérien où, très vite, il gravit les échelons, pour devenir, en 1954, l'un des dirigeants du parti.
Après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, il organise, avec Saddek Hadjess, « les combattants de la liberté », et mena les pourparlers avec le FLN. Après le coup d'Etat de 1965, il crée, avec Hocine Zehouane, l'organisation de la résistance populaire. Mais quelques mois après, il est arrêté et torturé. Il écrit L'arbitraire, qui est publié en 1966 aux éditions de Minuit. Lucette Hadj Ali confie que le manuscrit a été écrit à partir de la centrale de Lambèse sur du papier hygiénique.
Le texte a été enfilé dans du papier à cigarette que Bachir remettait soigneusement à chacune des visites de sa femme. Bachir Hadj Ali a passé plusieurs années de prison et de résidence surveillée jusqu'en 1970. Lucette affirme que dans le livre L'arbitraire, ce sont toutes les tortures subies qui y sont décrites et l'état d'esprit dans lequel il se trouvait. Elle livre un témoignage accablant. Le militant a été torturé de la manière suivante : ses tortionnaires lui ont mis un bidon métallique - avec à l'intérieur des baguettes - sur la tête.
« Au bout d'un moment, il avait l'impression que c'était son cerveau qui était trituré avec ses baguettes. Pendant des années, il a eu des vertiges. Je me demande si sa maladie n'était pas en relation avec ce châtiment. Je suis sûre qu'on voulait à tout prix lui démolir son cerveau. » Quand il reprend sa liberté, il mènera une activité très intense, donne des conférences, écrit des essais. La maladie interrompt soudainement les élans de cet infatigable et le clou au lit pour plusieurs années.
Il décédera le 8 mai 1991. Cette rencontre a permis, d'une part, de lever le voile sur son ouvrage, connu jusqu'ici uniquement par les militants démocrates, et d'autre part, de parler des communistes, car, comme a tenu à le souligner l'animatrice, « l'histoire les dénigre ».
Nassima Chabani
L'Humanité - 6 octobre 2003
L'élan de Bachir Hadj Ali
Une évocation de la figure du poète et dirigeant communiste algérien mort en 1991, selon qui la recherche de la beauté est un " objectif révolutionnaire ".
Lorsque je rencontrai pour la première fois Bachir Hadj Ali, ce fut à Alger au début des années quatre-vingt au travers de ses Chants pour le onze décembre, recueil de poèmes publiés en 1963 par la Nouvelle Critique, que m'avait offert un ami, avec les " Robaïat " -les quatrains, du Persan Omar Khayyâm - et Algérie, capitale d'Alger d'Anna Gréki.
À ce moment-là, Bachir Hadj Ali était un nom que l'on taisait ou que l'on murmurait entre frères de combat et d'espérance. Secrétaire général du Parti communiste algérien, puis fondateur du Parti de l'avant-garde socialiste (PAGS), ce passionné de poésie et de musique avait été arrêté lors du coup d'État de Boumediene en 1965, affreusement torturé, emprisonné puis assigné à résidence jusqu'en 1974. Il était toujours officiellement interdit d'activités politiques. Plus tard, au hasard d'un petite librairie du centre d'Alger, je découvris Soleils sonores qui venait d'être édité avec les illustrations du peintre Mohamed Khadda :
" Refuser tout critère normatif
ordonner le monde librement selon ses différences
ouvrir largement le champ de l'imaginaire
aux saisons
à l'abstraction
à l'azur
pour que la femme et l'homme épousent une autre vision
du monde
pour que fusent de nouvelles formes
pour que reflue l'angoisse. "En 1991 - année de la mort de Bachir Hadj Ali - paraissait enfin sur sa terre natale l'Arbitraire, récit dramatique des tortures subies en 1965, hélas ! annonciatrices de celles qui frappèrent une génération plus tard - à l'automne 1988 -, les Algériens en révolte contre le système à bout de souffle du parti unique.
" Je jure sur les âmes mortes après la trahison
Je jure sur le verbe sale des bourreaux bien élevés
Je jure sur le dégoût des lâchetés
petites bourgeoises
Je jure sur l'angoisse démultipliée des épouses
Que nous bannirons la torture
Et que les tortionnaires ne seront pas torturés ",proclamait-il dans les poèmes qui étaient joints.
Et puis, ces derniers vers du poème Tenir dédié à Safia
" (..) Tenir, tenir pour revoir tes yeux verts
Y dissoudre le voile noir des veuves au sein tari
Tenir
Tenir jusque-là et s'il le faut mourir ."
Safia - c'est son épouse Lucette qui, avec beaucoup de pudeur, nous dévoile les lettres que lui a adressées en 1965 et 1966 Bachir, alors emprisonné à Lambèse, Annaba et Dréan." Tout ce qu'il écrivait, dessinait, confectionnait pour se rapprocher d'elle était impulsé par une radicale aspiration à un monde plus généreux, plus intelligent, plus cultivé, plus pacifique, plus sensible à la souffrance, à la beauté et à l'amour ", souligne dans sa très belle préface leur amie Naget Khadda évoquant " ce couple exceptionnel et pourtant si simplement humain " fondé à égalité sur " un engagement librement consenti, constamment renouvelé dans le geste commun d'adhésion au même idéal ".
Marqués par le poids d'un quotidien mesquin et forcément limité, ces lettres soumises à la censure sont en même temps traversées d'un amour cristallin, attentif et puissant jusqu'à tout envahir pour Lucette, pour ses camarades emprisonnés : William Sportisse, Hocine Zaouane, Mohamed Harbi, et pour son peuple, omniprésent, au travers de réflexions sur la musique, le folklore ou tout simplement la nourriture. Cet amour de l'Algérie, de ses hommes et de ses paysages, de ses fleuves et de ses parfums est d'autant plus fort qu'il s'appuie sur une ouverture au monde et une soif de découvertes - à partager - jamais achevées.
Il y a, si étroitement liée à l'histoire et à la culture du Maghreb, l'Andalousie, où il programme d'aller avec Lucette dès sa libération et qui est au cour des recherches de l'historien Lévy-Provençal et des poèmes somptueux du Fou d'Elsa d'Aragon, deux ouvrages qu'il souhaite recevoir dès sa première lettre de Lambèse.
La poésie, les poètes, le Français Paul Eluard, le Turc si proche Nazim Hikmet dont le nom revient à plusieurs reprises, mais aussi l'Indien Rabindranath Tagore, et la musique, le malouf qu'il entend sur la radio tunisienne comme les grands classiques européens, Beethoven, Mozart captés à partir de la Suisse et de l'Allemagne vont transformer les épreuves si longtemps endurées par cet amoureux fou de sa femme et de la vie confondus en un extraordinaire cantique à ses frères humains.
D'eux, Bachir Hadj Ali prend le meilleur : la mélopée du premier appel à la prière du muezzin comme les chants grégoriens de l'abbaye de Solesmes, El Anka comme Gershwin et Carlos Montoya.
Miné par l'ulcère, souffrant de la jambe gauche atteinte d'ostéomyélite dans sa jeunesse, isolé, coupé pendant des mois de celle qu'il aime et de sa famille, Bachir Hadj Ali rejoint par la musique tous ses frères de douleur : " Je mets la prière pour les morts d'Auschwitz. Quelle belle musique ! Quel chant poignant ! C'est de la musique orientale, sour de la nôtre. Dommage que je ne comprenne pas les paroles ", écrit-il le 6 février 1966. Deux jours plus tard, il conseille à Lucette : " Écoute donc ces chours quand tu le pourras (...) Tu éprouveras comme moi une sensation de calme, de repos et de plénitude ".
Au fil de ces lettres pleines de musique, de poésie portées par un immense élan libérateur, une approche d'avant-garde de grandes questions. Ainsi, relève t-il avec lucidité, dans un long commentaire sur un livre de l'économiste J. Baby : " (...) il a raison de dire que cette libération prend la même importance que la libération des travailleurs dans le système capitaliste. "
Il est impossible ici de livrer toute la richesse toujours actuelle de ces lettres. S'il n'en fallait en retenir qu'une, sans doute serait-ce cet extrait qui constitue une magnifique profession de foi pour ceux qui veulent changer le monde : " La beauté est un objectif vers lequel les hommes, depuis qu'ils existent, ont tendu. En ce sens, la recherche de la beauté est liée en permanence à l'effort pour la libération des hommes de toutes les exploitations, de toutes les mutilations. Ainsi, la beauté est un objectif révolutionnaire. " Lisons donc ces lettres à Lucette. Comme on va à une source jamais tarie d'amour, de beauté, d'espoir " à faire pleurer de rage ".
Paul Euzière
président de Festival TransMéditerranée
Que la joie demeure
(Poésie) - PJ Oswald, 1970
Mon Algérie de l'errance
Mon pays de parfums blancs
Les femmes se taisent
La terre fuit clandestine
Le ciel est désespérance
Sur l'exil des hommes
Grande grande ouverte est la mer
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Dans ce pays intrépide d'hommes bons
Vivent des hommes féroces
De férocité ancienne
Dans ce pays de bonheur inconnu
La femme n'est femme que la nuit
Je jure
Par la nuit mourante
Et par le jour naissant
Que règnera le couple sûr
Mémoire clairière
(Poésie) - Editeurs Français Réunis, 1978
La terre tourne
tourne toujours
tourne encore
avec sa portée d'hommes
et leurs yeux
et leurs questions
Mais qui se rappelle la terre?
L'un après l'autre les yeux
Finissent par se tourner vers
les étoiles
Yeux disponibles
assoiffés
Yeux qui cherchent
et ont trouvé
Yeux comblés cléments
désespérés
menacés
...
Des barreaux sont brisés
sciés seront taillés
En qualam et lettrines
Pour tempérer les tensions bleues
Et l'ouragan
Et l'horizon
Emergera serein nonchalant
Ample déhanchement syncopé
Hautes douleurs impuissantes
De nos fragilités
...
Le théâtre est prairie heureuse
La prairie est liberté spacieuse
L'espace refuse l'interdit
L'interdit stérilise le rêve
Et la création
HERITAGE :
Est-ce le jour est-ce la nuit
Et pourtant il faut trancher
Libérer les sept couples
Sonder le fleuve à l'estuaire
Et lever l'ambiguité
O mes Andalousies contraires
Couleur d'aubes hivernales
La cavale qui va l'amble
Dans les gorges nous a perdus
La tribu avance compacte
Par des sentiers sans pays
Filles ceintes de chants noirs
Elevées à la plus haute dignité
Je traduis mal cette nostalgie
Ce mouvement d'anémones
Ce désordre cette angoisse
Ce cri sourd de la rupture
Cet appel de la continuité
Je ne suis libre qu'en rêvant.
5 juillet :
Parce qu'ils ont gardé les clefs transparentes de ma ville
Parce qu'ils ont dissipé son avoir, insulté son élégance
Parce qu'ils ont ignoré son savoir et le chant de ses arceaux
Parce qu'ils ont scié son minaret aux chevilles, enseveli ses sanglots
Parce qu'ils ont remisé dans ses alcôves, sourds à ses silences
Parce qu'ils ont chassé des remparts son vendredi, promenade des gazelles blanches
Parce qu'ils ont tari la fraîcheur de ses citernes solaires et le bleu de ses pervenches
Parce qu'ils ont supplicié ses hommes de foi et l'ombre rouge de ses vergers
Ils se sont cru les maîtres de ses collines, de sa brise turquoise et de ses îlots
Mais il a suffi qu'au même rythme les lucarnes respirent par les patios
Mais il a suffi qu'à l'aube naissante les ruelles se vident sur les terrasses
Pour qu'ils se réveillent étrangers perdus dans ma ville hostile
Occupants désoccupés avec leur rage, leur bave et leurs chiens casqués.
Serment :
Je jure sur la raison de ma fille attachée
Hurlant au passage des avions
Je jure sur la patience de ma mère
Dans l'attente de son enfant perdu dans l'exode
Je jure sur l'intelligence et la bonté d'Ali Boumendjel
Et le front large de Maurice Audin
Mes frères mes espoirs brisés en plein élan
Je jure sur les rêves généreux de Ben M'Hidi et d'Inal
Je jure sur le silence de mes villages surpris
Ensevelis à l'aube sans larmes sans prières
Je jure sur les horizons élargis de mes rivages
A mesure que la plaie s'approfondit hérissée de lames
Je jure sur la sagesse des Moudjahidine maîtres de la nuit
Je jure sur la certitude du jour happée par la nuit transfigurée
Je jure sur les vagues déchaînées de mes tourments
Je jure sur la colère qui embellit nos femmes
Je jure sur l'amitié vécue les amours différées
Je jure sur la haine et la foi qui entretiennent la flamme
Que nous n'avons pas de haine contre le peuple français.
L'Arbitraire suivi de Chants pour les nuits de septembre
(Poésie) - Éditions Dar El Ijtihad/APIC, Alger, 1991/2005

La Dépêche de Kabylie - 21 novembre 2006
Les souvenirs douloureux d'un artiste
Il fut de tous les combats pour la réconciliation de l'Algérien avec lui-même. Musicologue, poète, il était également un grand militant.
Un traumatisme. La torture est toujours un acte innommable. Bachir Hadj Ali a vécu cette immense douleur au début de l'indépendance algérienne. Il en a tiré un livre devenu célèbre que les éditions Apic ont réédité . Ce livre a été publié pour la première fois en 1966 par les éditions de "Minuit". Avant de parvenir à cette publication, ces écrits ont suivi un parcours et des méandres où seule l'intelligence a su déjouer la vigilance des services de renseignement de l'époque.
C'est dans les locaux de la Sécurité militaire, chemin Poirson à Alger, alors que les tortures avaient cessé et qu'il reprenait des forces avant son transfert à la centrale de Lambèse, le 20 novembre 1965, que Bachir Hadj Ali a écrit cet ouvrage.
À Lambèse, il l'a recopié sur du papier hygiénique et inséré les fragments dans des cigarettes qui avaient été évidées et rangées dans leurs paquets remis à Lucette, son épouse, qui a transmis le texte tapé à la direction clandestine du Parti communiste algérien (PCA). Ce livre a été ensuite traduit dans plusieurs langues. Mais l'artiste ne tient pas rancune à ceux qui l'ont torturé.
"( ... ) Je réfléchis à une astuce, comme tous les torturés : tenir longtemps sous l'eau, en expirant l'air très lentement, faire le geste désespéré du noyé un peu avant que les poumons se vident entièrement, expirer les dernières bulles d'air avant la remontée et inspirer très vite, en surface, améliorer cette technique sans cesse en réglant ces mouvements sur ceux du tortionnaire pour les synchroniser", écrit-il.
Néanmoins, le flegme de la victime et sa volonté de surpasser les sévices ne font que redoubler la férocité des tortionnaires. "Mon refus obstiné de répondre à leurs questions précises et serrées... et mon calme ont porté leur colère à un haut degré d'exacerbation", ajoute-t-il. "A lire L'arbitraire, on n'a pas besoin de subir la torture pour connaître les affres de cette pratique des plus barbares. Au-delà de ses sévices postindépendance tels que relatés par Bachir Hadj Ali est-il permis de déduire que la Révolution algérienne a libéré la terre, mais pas l'homme", se demande le quotidien El Watan. Bachir Hadj Ali est né le 20 décembre 1920 à La Casbah d'Alger. Il est issu d'une famille originaire d'Azeffoun (Kabylie).
À dix-sept ans, à la veille de son entrée à l'École normale d'instituteurs, il abandonne ses études pour aider son père qui a perdu son emploi. En août 1945, il adhère au Parti communiste algérien (PCA). Son engagement lui vaut d'être déféré devant les tribunaux coloniaux pour "atteinte à la sûreté de l'État".
Condamné à la veille du 1er novembre à une peine de prison, Bachir Hadj Ali entre dans la clandestinité jusqu'en 1962. En mars 1956, il crée avec un groupe de militants "Les Combattants de la liberté", organisation militaire du PCA.
En dépit de son engagement pour la lutte de libération, Bachir Hadj Ali est réduit au silence après l'indépendance. En effet en novembre 1962, le président Ben Bella interdit le PCA d'activité. En 1963, il participe aux côtés de Mouloud Mammeri, Jean Sénac, Mourad Bourboune, entre autres, à la création de l'Union des écrivains algériens.
L'organisation est vite mise sous le boisseau par les tenants du régime de l'époque pour ensuite la récupérer à leur profit. Suite au coup d'État du 19 juin 1965, il est arrêté puis torturé avec de nombreux opposants à ce coup de force de l'ordre Kaki réunis à l'ORP. Libéré en 1968, il est assigné à résidence surveillée à Saïda puis à Aïn Sefra. Mesure partiellement levée en 1970 puisqu'il est interdit de séjour à Alger, Oran, Constantine et Annaba. Il meurt le 9 mai 1991 après dix ans de grabat, conséquence des séquelles de la torture.
Le livre a vu le jour pour la première fois en 1966 aux Éditions de "Minuit", et c'est en 1991, année de la disparition de Bachir Hadj Ali, que l'ouvrage renaîtra dans sa terre natale grâce aux Éditions "Dar el Ijtihad". Il a été traduit en plusieurs langues, notamment en arabe au Liban. Récit dramatique visionnaire qui rappellera les tortures subies par les jeunes Algériens, soit 24 ans plus tard, en octobre 1988. "J'ai été torturé onze fois", écrit Bachir Hadj Ali, et "il ne s'agit pas d'Aussaresses ni du général Schmit ".
Le livre s'ouvre avec l'épigraphe, une citation de Victor Hugo qui résume en général l'expérience de Hadj Ali : "Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent". L'oeuvre est divisée en quatre parties distinctes. L'auteur, témoin de son propre drame, décrit dans les deux premières parties le visage de ses bourreaux :
"Tête d'épingle sur un bloc très brun de chair et de graisse. Ses mains sont des raquettes de cactus plantées de doigts boudinés, velus. (?) Venu tout droit des âges de la Préhistoire, il ne lui manque que la barbe hirsute, la peau de bête et la massue de nos livres d'histoire. Il grogne dans ma direction : sale communiste, et son poing, bolide lancé à toute vitesse, frappe, frappe, chaque fois plus fort".
Ils l'interrogent et le questionnent à propos de ses amis et militants Boualem Khalefa, Hadjerès Sadek et Hamid Benzine, usant de toutes les ruses, mais Hadj Ali rétorqua : "Je ne sais pas, et dans tous les cas, je ne le dirai pas. Le nif kabyle, tu en as entendu parler ?", assène-t-il. À mesure que le temps passe, Hadj Ali se souvient des braves militants, Larbi Ben M'hidi, Maurice Audin, Ali Boumendjel : "Vous tous disparus de la bataille d'Alger, jetés à la mer, de la corniche, votre souvenir, sentinelle populaire, veille sur nous en ces jours sombres".
Du portrait de ses tortionnaires, il passe à celui du supplicié. Il dira à ce propos qu'il y a trois manières de faire face à la torture : "Le refus jusqu'au bout, quoiqu'il puisse en coûter de parler, les aveux partiels ou déformés et la capitulation totale". A bien des égards, la triste expérience de Bachir Hadj Ali est à méditer.
Pour que jamais, elle ne se renouvelle ! "Bientôt le 9 décembre, minuit, notre date-anniversaire, toi et moi, même jour, même mois, même année. Je penserai à toi ce jour-là sans doute plus que d'habitude, par-delà les distances qui nous séparent", écrivait un jour le poète à sa douce femme. Les lecteurs de ce livre se souviendront eux aussi de cette chose terrible qu'est la torture.
Farid Ait Mansour
La Dépêche de Kabylie - 25 juin 2006
L'intelligence martyrisée
Les chantres du politiquement incorrect, dont Bachir Hadj Ali, étaient une poignée à ferrailler autour de l'ORP (organisation de résistance populaire, créée après le coup d'état) pour s'opposer au nouvel (dès) ordre établi et forcer le destin d'un peuple installé dans une sorte de désespérance lucide.
Avec le flegme qu'on lui connaît et une infinie mansuétude, Bachir Hadj Ali nous livre dans cet ouvrage, réédité il y a quelques mois par les éditions APIC, un témoignage poignant sur son propre martyre. Celui subi, tenez-vous bien?, 11 fois ! après l'indépendance de l'Algérie dans les locaux de la sécurité militaire, chemin Poirson à Alger.
Comme un cheval fou piétinant tout sur son passage, le régime de Boumediène, qui venait de s'emparer du pouvoir, n'a pas fait dans la dentelle pour traquer toute velléité d'opposition et embastiller les voix irrévérencieuses.
Ceux qui, avec une candide conviction, ont cru révolue l'ère du sabre et du goupillon, ont découvert à leur dépens que l'histoire est bien souvent un fatal recommencement.
Les chantres du politiquement incorrect, dont Bachir Hadj Ali, étaient une poignée à ferrailler autour de l'ORP (organisation de résistance populaire, créée après le coup d'état) pour s'opposer au nouveau dèsordre établi et forcer le destin d'un peuple installé dans une sorte de désespérance lucide.
Digue, hélas, bien trop fragile pour contenir dans les limites du supportable l'ambition totalitaire du régime qui le prédisposait à toutes les prédations politiques et lui ouvrait la voie à toutes les exactions.
Dans ce livre "L'arbitraire" préfacé par Hocine Zehouane et l'introduction signée Mohamed Harbi, Bachi Hadj Ali nous confie sa douleur sans fard et relate le supplice infligé pas ses bourreaux.
Des souvenirs toujours aussi vivaces expurgés de tout ressentiment et empreints de cette humaine propension à l'absolution qui leur confère une forme d'intemporalité.
Je réfléchis à une astuce, comme tous les torturés : tenir longtemps sous l'eau, en expirant l'air très lentement, faire le geste désespéré du noyé un peu avant que les poumons ne se vident entièrement, expirer les dernières bulles d'air avant la remontée et inspirer très vite, en surface, améliorer cette technique sans cesse en réglant ces mouvements sur ceux du tortionnaire pour les synchroniser? (P. 40) Mon refus obstiné de répondre à leurs questions précises et serrées? et mon calme ont porté leur colère à un haut niveau d'exacerbation. (P 43)
Incarcération, torture, assignation à résidence, interdiction de séjours' Bachir Hadj Ali n'a, au fait, jamais cessé de subir les foudres du pouvoir qui, pour donner un semblant de légitimité à sa politique répressive, s'est souvent retranché dans la bulle du complot permanent.
Rejetant toute idée d'asservissement, Bachir Hadj Ali n'a pas hésité, en compagnie de quelques intellectuels rebelles dont Mouloud-Mammeri et Jean Sénac à claquer violemment la porte de l'Union des écrivains Algériens dont ils étaient pourtant les principaux fondateurs.
C'était en 1963. Cette démission collective intervenait en réaction au pouvoir de Ben Bella de placer l'organisation sous sa régence dans le prolongement de sa stratégie de mise au pas avant la mise à mort des rares segments combatifs de la société.
Au lendemain de la disparition de Bachir Hadj Ali un certain 9 mai 1991 pour s'en aller rejoindre le panthéon des immortels, Abdelhamid Benzine écrivait ces mots dans les colonnes d'Alger républicain : Mohamed Khada, Bachir Hadj Ali aujourd'hui : comment leur reprocher de nous avoir quittés en ces douces nuits de mai, nous laissant perdus , orphelins dans notre beau pays où les chants et les couleurs se font clandestins ?
Nacer Maouche
Liberté - 16 novembre 2005
L'Arbitraire est un témoignage sur la torture rédigé par Bachir Hadj Ali et préfacé par Harbi et Hocine Zahouane. Ce livre a été publié pour la première fois en 1966 par les éditions de Minuit. Avant de parvenir à cette publication, ces écrits ont suivi un parcours et des méandres où seule l'intelligence a su déjouer la vigilance de la Sécurité militaire coloniale de l'époque. C'est dans les locaux de la Sécurité militaire, chemin Poirson à Alger, alors que les tortures avaient cessé et qu'il reprenait des forces avant son transfert à la centrale de Lambèse, le 20 novembre 1965, que Bachir Hadj Ali a écrit cet ouvrage. À Lambèse, il l'a recopié sur du papier hygiénique et inséré les fragments dans des cigarettes qui avaient été évidées et rangées dans leurs paquets remis à Lucette, son épouse, qui a transmis le texte tapé à la direction clandestine du Parti communiste algérien (PCA). L'Arbitraire a été traduit dans plusieurs langues.
L'Arbitraire, de Hadj Ali Bachir, éditions Apic, septembre 2005/61 pages.El Watan - 9 novembre 2005
La torture post-indépendanceNombreux sont ces hommes dont le parcours individuel illustre, du moins en partie, les avatars et vicissitudes historiques de leur pays. Exemple, le poète et musicologue Bachir Hadj Ali à travers son livre L'Arbitraire, réédité récemment par les éditions APIC (Algérie)(1). L'auteur relate de par cet ouvrage la torture qu'il a subie... après l'indépendance de l'Algérie onze fois dans les locaux de la Sécurité militaire, chemin Poirson à Alger.
C'est en ces lieux qu'il a aussi écrit ce livre avant son transfert à la prison de Lambèse le 20 novembre 1965(2). Le livre est préfacé par Hocine Zehouane, l'historien Mohammed Harbi en a signé l'introduction. Ces derniers ainsi que Bachir Hadj Ali ont créé après le coup d'Etat du 19 juin 1965 dirigé par le colonel Houari Boumediène contre le président Ahmed Ben Bella l'Organisation de la résistance populaire (ORP). Elle regroupe des opposants au pronunciamiento en question.
D'où leur arrestation la même année et les affres de la torture vécues en conséquence. Sans haine, Bachir Hadj Ali décrit ces pratiques et dresse le portrait de ses bourreaux tout en prônant le pardon à leur égard. Aussi, relate-t-il, comment en ce combat inégal, il transcende la douleur. « ... Je réfléchis à une astuce, comme tous les torturés : tenir longtemps sous l'eau, en expirant l'air très lentement, faire le geste désespéré du noyé un peu avant q