El Hadj Omar Mekraza
Publié le 3 Mai 2007
Du maître à l'élève
Que le temps passe vite ! Déjà vingt et un ans qu'El Hadj Omar Mekraza disparaissait silencieusement sur la pointe des pieds.
Il était le symbole de la musique populaire qui lui a été légué par son maître El Hadj M'hamed El Anka que Dieu leur accorde miséricorde.
Je ne suis ni romancier ni journaliste et je n'ai ni le talent du premier ni les compétences du second ; je veux rendre un hommage à Omar, notre ami et,en parallèle, un autre vibrant hommage aux maîtres disparus à tous jamais à la fleur de l'âge et qui ont été oubliés soit volontairement soit par ignorance de notre culture ancestrale.
El Hadj Omar Mekraza rendit l'âme un certain jeudi 6 mars 1986. Tous les mélomanes d'Alger et d'ailleurs, toutes les familles algéroises étaient en émoi en apprenant le décès brutal de l?enfant prodige de la musique chaâbi. Comme par hasard, Omar est décédé un jeudi et a été enterré un vendredi, comme le fut son maître El Anka .«Allah yarhamhoum».
Mekraza Omar est originaire du village «Oumadhène», commune d'Azeffoun mais natif de la Casbah à Alger. Il est né le 11 février 1924 et était père de 6 enfants.
Il fut attiré par la musique dès son jeune âge et surtout par la percussion (derbouka). Il faisait partie d'un petit orchestre qui animait des cérémonies qu'on appelait Hnani : ces cérémonies se déroulaient à la veille de la fête officielle en réunissant les amis intimes du futur marié.
Comment Omar a incorporé l'orchestre du maître ? C'est par pur hasard. Un jour, il manquait dans l'orchestre d'El Anka un percussionniste. Il avait délégué Hadj Moh Akli pour lui dénicher l'élément manquant. Qui se trouvait-il sur le chemin du mandant ? Eh bien ! C'est le petit Omar revenant de son lieu de travail. C'était en 1939, il n'avait que quinze (15) ans. A partir de cette date , le cours de la vie du petit Omar allait changer : il a fait son entrée dans l'histoire de la musique Chaâbi; elle fût par la grande porte de l'école du maître incontesté, le grand El Anka.
Engagé comme remplaçant, il devient très vite titulaire à part entière et indispensable pour El Hadj M'hamed El Anka. Il a appris toutes les mesures, mais aussi il les a remodelées et embellies à sa façon. Tous les enregistrements faits, à la radio ou au cours des cérémonies familiales, avec Omar comme percussionniste, sont des chefs d'oeuvres et d'une réussite extraordinaire. On en retient : Khtana, Kenza, El Baz, Ya Hnine, âdate enouahi, Lala Fatima (mandole), Arabiya (mandole), lâb doune Chettara, La oûd frak El Mâchouk, El Ghoutiya, Khodre Heudraq, etc.
Mais il ne faut pas oublier qu'El Hadj El Anka était au summum de son art.
Omar a acquis également la maîtrise du «mandole», car il lui est arrivé de remplacer son maître de temps à autres, comme par exemple chez Omar Boukasse, mort en martyr. Parmi les convives, il y avait des invités de grande culture, comme Sid Ahmed Ibnou Zekri, Sid Ahmed Lakhel, mais aussi Ferhat Abbès et son ami Ahmed Francis. El Anka par respect pour ces hommes est allé les rejoindre, laissant le relais à son élève Omar.
De 1939 à 1952, Omar a acquis une grande maîtrise de la derbouka et du «mandole» : il était le seul élève et il le restera à jamais. El Anka l'a formé et façonné à sa manière.
Omar a fait des émissions en direct, sous la direction d'El Anka, à la radio, à la Rue Berthezene, actuellement rue Dr Saâdane : il avait chanté Lala Fatima, Nesteftah Dhel Koul, Erbiya, El Kames Oukat, Yahlel Houa Rahte Nesalem.
Il avait constitué son propre orchestre dans les années cinquante . L'occasion lui a été donnée à trois reprises d'accompagner son maître à la derbouka chez Hadj Anter, Ahmed Cheminé et la dernière fois chez Rabah El Falla : c'était après l'indépendance.
De nos jours, le seul à qui El Anka a confié les secrets de ce riche patrimoine, n'est autre que son fils El Hadi, car il était non seulement son fils mais aussi son ami et son confident. Ils étaient inséparables. Personne ne peut prétendre être la relève du maître. El Anka était et restera incontestablement le maître et Omar son unique élève.

Extrait: C.P. / Sid Ali SAAD
Membre fondateur de la fondation EL ANKA
la Nouvelle république