H’NIFA

Publié le 24 Avril 2007

HOMMAGE À H’NIFA
Une vie, une oeuvre et des malheurs


Depuis sa tendre enfance, H’nifa affectionnait le chant et elle avait une voix aussi douce que mélodieuse.

L’association culturelle Issegh de Souama rend un vibrant hommage à la diva de la chanson kabyle, Hnifa. Ighil Larbaâ Zoubida de son vrai nom, H’nifa est née le 4 avril 1924 à Ighil Mahni, dans la région d’Azeffoun. H’nifa est la cadette d’une famille composée de cinq filles et de deux garçons, Au début des années trente, la famille Ighil Larbaâ, quitte la Kabylie pour la Casbah à Alger où se réfugiait la majeure partie des villageois de la région chassés par la pauvreté. Mais cette vie citadine ne durera guère puisque la famille de H’nifa ne tarda pas à repartir au village. Depuis sa tendre enfance, H’nifa affectionnait le chant et elle avait une voix aussi douce que mélodieuse, aussi, elle était de toutes les fêtes, des fêtes qu’elle égayait de sa présence. A dix huit ans, son père la marie avec un ami d’un village voisin, une union qui ne commençait pas sous de bons auspices car la jeune femme ne resta guère avec ce mari de dix ans son aîné, et en plus, jaloux, possessif et violent. Six mois plus tard, elle quitte le domicile conjugal et revient dans le foyer paternel à son tour secoué par les aléas de la vie, son père s’étant remarié. Aussi H’nifa emmène sa mère avec elle et s’en va sur Alger. Devant la peur des commérages de la société sur deux femmes seules, H’nifa se remarie pratiquement avec le premier prétendant venu. Cela se passait en 1947. De cette union qui allait à son tour éclater en 1950, H’nifa eut une fille. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant et de sa mère, celle qui allait devenir plus tard l’étoile de la chanson kabyle, travailla d’abord comme femme de peine, trouva une chambre en colocation avec Chérifa, un autre astre de la chanson kabyle. Un riche commerçant d’Alger se remarie avec elle, mais cette troisième union finit comme les deux autres, sa fille Leïla n’étant pas acceptée par ce troisième mari. Elle reprend du service comme femme de ménage. C’est alors que Chérifa qui eut à écouter H’nifa chanter lui proposa de le faire à la radio. Une proposition qui est pratiquement difficile avec les tabous de l’époque. Devant les difficultés de la vie, étant illettrée, elle ne pouvait prétendre qu’à des postes de peine. Aussi, celle qui va devenir la grande H’nifa accepta de briser le tabou. Mustapha Hasni d’abord, cheikh Nourredine, ensuite furent ses anges gardiens à Radio Alger. Dans ses débuts, elle intègre «tharbaât n’ lkhalath» troupe féminine où elle retrouva Chérifa et d’autres telles Djamila, Zina, Ounissa, En juillet 1956, elle gagne la France avec son ami Mustapha Hasni et rencontre d’autres chanteurs tels Taleb Rabah, Bahia Farah, Akli Yahiatène, Missoum et Kamel Hammadi, En parallèle, H’nifa se retrouva dans la fédération de France du FLN. Depuis, les divers tubes défilent: Djurdjura, Nadia, Ifuk Zit, Wyeeak Abnadem, etc. De retour de France, elle enregistre ses premiers tubes personnels qui furent des triomphes grâce notamment à Kamel Hammadi. C’est ainsi que sont apparus Ma Tebghidh Amengal, A Aqcic, A Zzher lw anda tenezidh, Darray iw et surtout sa chanson autobiographique Macci d Leghna. C’est Kamel Hammadi qu’elle a trouvé à ses côtés durant cette tempête qui souffle sur sa vie privée en ces temps-là. En 1964, elle se remarie une quatrième fois avec un riche commerçant de Tizi Ouzou mais H’nifa découvre qu’il est polygame et finit par partir. Elle repart encore en France, arrête de chanter un temps pour reprendre, quatre ans plus tard, avec Yewet iyi u Ufus iw. Elle participe à même un rôle dans L’Incendie de Mustapha Badie. H’nifa tombe malade. Elle finit cependant ses jours dans un modeste meublé le 23 septembre 1981. Après avoir passé près d’un mois dans la morgue d’un hôpital parisien, H’nifa est enterrée dans un cimetière de la banlieue parisienne. Sa fille, aidée par plusieurs artistes dont Slimane Azem, Cheikh Nourredine, Kamel Hammadi put rapatrier la dépouille de la cantatrice qui, désormais, repose à El Alia à Alger. H’nifa de son vivant était une vraie battante, d’abord contre un environnement difficile du fait de son illettrisme puis aussi du fait des préjugés entourant la femme qui s’affirme seule. De la vie, H’nifa a goûté surtout l’amertume. Malheureuse dans les diverses tentatives de fonder un foyer, elle finit seule et pratiquement abandonnée. Son corps fut d’abord enterré dans un cimetière parisien avant que de reposer enfin en cette terre qu’elle a toujours portée fichée en son coeur. Mais H’nifa, c’est aussi une voix et, ses tubes fredonnés par des générations semblent être non pas des chansonnettes que l’on oublie du jour au lendemain, mais des oeuvres de tous les temps. H’nifa est sans doute morte mais comme disait si bien Mammeri: Illa walbeed illa ulacit illa u Ibeed ulacit illa!.

A. SAÏD/www.lexpressiondz.com

Rédigé par Hamid

Publié dans #Célébrités d'Azeffoun

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S.IGHILLARBA 10/06/2007 13:14

Que la nuit était longue
une nuit parsemée de firtive clareté
la lune timidement
telle une lanterne éssayée d'eclaire le ciel
nos pensées galvaudent
vers ceux qui nous ont quitté à jamais
qui nous ont quitté trop vite
en silence!

Hamid 13/06/2007 21:00

Très joli merci