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  • : Azeffoun, cette petite ville littorale de kabylie, connue pour la beauté de ses paysages et la sympathie de ses habitants, Azeffoun est aussi connue à travers ses enfant artistes et écrivains qui on beaucoup donner à la culture algériènne.
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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 16:59

Parcours

L’élan de Bachir Hadj Ali
  par:  Paul Euzière "président de Festival TransMéditerranée"

Une évocation de la figure du poète et dirigeant communiste algérien mort en 1991, selon qui la recherche de la beauté est un " objectif révolutionnaire ".

Lettres à Lucette. 1965-1966 - Bachir Hadj Ali, préface de Naget Khadda. 404 p. Ed. RSM - Alger 2002

Soleils sonores - Bachir Hadj Ali (Alger 1985)

L’Arbitraire suivi de Chants pour les nuits de septembre - Bachir Hadj Ali

Ed. Dar El Ijtihad. 1991 (*)

Lorsque je rencontrai pour la première fois Bachir Hadj Ali, ce fut à Alger au début des années quatre-vingt au travers de ses Chants pour le onze décembre, recueil de poèmes publiés en 1963 par la Nouvelle Critique, que m’avait offert un ami, avec les " Robaïat " -les quatrains, du Persan Omar Khayyâm - et Algérie, capitale d’Alger d’Anna Gréki.

À ce moment-là, Bachir Hadj Ali était un nom que l’on taisait ou que l’on murmurait entre frères de combat et d’espérance. Secrétaire général du Parti communiste algérien, puis fondateur du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS), ce passionné de poésie et de musique avait été arrêté lors du coup d’État de Boumediene en 1965, affreusement torturé, emprisonné puis assigné à résidence jusqu’en 1974. Il était toujours officiellement interdit d’activités politiques. Plus tard, au hasard d’un petite librairie du centre d’Alger, je découvris Soleils sonores qui venait d’être édité avec les illustrations du peintre Mohamed Khadda :

" Refuser tout critère normatif

ordonner le monde librement selon ses différences

ouvrir largement le champ de l’imaginaire

aux saisons

à l’abstraction

à l’azur

pour que la femme et l’homme épousent une autre vision

du monde

pour que fusent de nouvelles formes

pour que reflue l’angoisse. "

En 1991 - année de la mort de Bachir Hadj Ali - paraissait enfin sur sa terre natale l’Arbitraire, récit dramatique des tortures subies en 1965, hélas ! annonciatrices de celles qui frappèrent une génération plus tard - à l’automne 1988 -, les Algériens en révolte contre le système à bout de souffle du parti unique.

" Je jure sur les âmes mortes après la trahison

Je jure sur le verbe sale des bourreaux bien élevés

Je jure sur le dégoût des lâchetés

petites bourgeoises

Je jure sur l’angoisse démultipliée des épouses

Que nous bannirons la torture

Et que les tortionnaires ne seront pas torturés ",

proclamait-il dans les poèmes qui étaient joints.

Et puis, ces derniers vers du poème Tenir dédié à Safia

" (..) Tenir, tenir pour revoir tes yeux verts

Y dissoudre le voile noir des veuves au sein tari

Tenir

Tenir jusque-là et s’il le faut mourir ."

Safia - c’est son épouse Lucette qui, avec beaucoup de pudeur, nous dévoile les lettres que lui a adressées en 1965 et 1966 Bachir, alors emprisonné à Lambèse, Annaba et Dréan.

" Tout ce qu’il écrivait, dessinait, confectionnait pour se rapprocher d’elle était impulsé par une radicale aspiration à un monde plus généreux, plus intelligent, plus cultivé, plus pacifique, plus sensible à la souffrance, à la beauté et à l’amour ", souligne dans sa très belle préface leur amie Naget Khadda évoquant " ce couple exceptionnel et pourtant si simplement humain " fondé à égalité sur " un engagement librement consenti, constamment renouvelé dans le geste commun d’adhésion au même idéal ".

Marqués par le poids d’un quotidien mesquin et forcément limité, ces lettres soumises à la censure sont en même temps traversées d’un amour cristallin, attentif et puissant jusqu’à tout envahir pour Lucette, pour ses camarades emprisonnés : William Sportisse, Hocine Zaouane, Mohamed Harbi, et pour son peuple, omniprésent, au travers de réflexions sur la musique, le folklore ou tout simplement la nourriture. Cet amour de l’Algérie, de ses hommes et de ses paysages, de ses fleuves et de ses parfums est d’autant plus fort qu’il s’appuie sur une ouverture au monde et une soif de découvertes - à partager - jamais achevées.

Il y a, si étroitement liée à l’histoire et à la culture du Maghreb, l’Andalousie, où il programme d’aller avec Lucette dès sa libération et qui est au cour des recherches de l’historien Lévy-Provençal et des poèmes somptueux du Fou d’Elsa d’Aragon, deux ouvrages qu’il souhaite recevoir dès sa première lettre de Lambèse.

La poésie, les poètes, le Français Paul Eluard, le Turc si proche Nazim Hikmet dont le nom revient à plusieurs reprises, mais aussi l’Indien Rabindranath Tagore, et la musique, le malouf qu’il entend sur la radio tunisienne comme les grands classiques européens, Beethoven, Mozart captés à partir de la Suisse et de l’Allemagne vont transformer les épreuves si longtemps endurées par cet amoureux fou de sa femme et de la vie confondus en un extraordinaire cantique à ses frères humains.

D’eux, Bachir Hadj Ali prend le meilleur : la mélopée du premier appel à la prière du muezzin comme les chants grégoriens de l’abbaye de Solesmes, El Anka comme Gershwin et Carlos Montoya.

Miné par l’ulcère, souffrant de la jambe gauche atteinte d’ostéomyélite dans sa jeunesse, isolé, coupé pendant des mois de celle qu’il aime et de sa famille, Bachir Hadj Ali rejoint par la musique tous ses frères de douleur : " Je mets la prière pour les morts d’Auschwitz. Quelle belle musique ! Quel chant poignant ! C’est de la musique orientale, sour de la nôtre. Dommage que je ne comprenne pas les paroles ", écrit-il le 6 février 1966. Deux jours plus tard, il conseille à Lucette : " Écoute donc ces chours quand tu le pourras (…) Tu éprouveras comme moi une sensation de calme, de repos et de plénitude ".

Au fil de ces lettres pleines de musique, de poésie portées par un immense élan libérateur, une approche d’avant-garde de grandes questions. Ainsi, relève t-il avec lucidité, dans un long commentaire sur un livre de l’économiste J. Baby : " (…) il a raison de dire que cette libération prend la même importance que la libération des travailleurs dans le système capitaliste. "

Il est impossible ici de livrer toute la richesse toujours actuelle de ces lettres. S’il n’en fallait en retenir qu’une, sans doute serait-ce cet extrait qui constitue une magnifique profession de foi pour ceux qui veulent changer le monde : " La beauté est un objectif vers lequel les hommes, depuis qu’ils existent, ont tendu. En ce sens, la recherche de la beauté est liée en permanence à l’effort pour la libération des hommes de toutes les exploitations, de toutes les mutilations. Ainsi, la beauté est un objectif révolutionnaire. " Lisons donc ces lettres à Lucette. Comme on va à une source jamais tarie d’amour, de beauté, d’espoir " à faire pleurer de rage ".

Source: L'Humanité/ Tribune Libre/ 06 octobre 2003

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commentaires

sandrine 31/10/2008 10:13

Blog très enrichissant! Très bon travail. Je te souhaite bonne continuatio et à bientôt.

Hamid 08/11/2008 17:12


Merci pour ton commentaire Sandrine, à bientôt